L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]



 
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 L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]

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MessageSujet: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Dim 7 Nov - 16:58

« La ville est métallique et c'est la seule étoile
Noyée dans tes yeux bleus
Quand les tramways roulaient jaillissaient des feux pâles
Sur des oiseaux galeux. »


    Perdue à travers les innombrables immeubles de pierre pâle qui constituaient la capitale, une bâtisse sombre et particulièrement austère se dressait avec prestance sous la voûte céleste rougie par le crépuscule naissant. Cette fameuse bâtisse n'avait décidément rien à envier à ses consoeurs alentours, brillant d'une architecture moderne et épurée, elle suscitait à la fois la crainte et l'admiration aux yeux des passants. Il en émanait une sorte d'aura grandiloquente qui était en mesure de faire courber l'échine du plus fier des chênes. Cette bâtisse d'exception n'était autre que le temple de la Red Corporation, cette organisation dont les actions demeuraient en majeure partie un mystère pour tous, mais que l'on savait pourtant profondément corrompue. Et ce quartier général, à l'image de l'organisation qui s'y prostrait dans l'ombre, était un mystère à lui seul. Chaque jour s'exécutait un défilé d'individus louches, tous vêtus du même uniforme rouge carmin, cette couleur représentative de la passion, de la violence, qui collait à la peau de la Red Corporation depuis bien des années. On y voyait parfois quelques civils classieux pénétrer le bâtiment, et en ressortir plus pâles que jamais, comme éreintés après avoir affronté la plus frénétique des tempêtes. Dans tous les cas, personne n'aurait su énoncer avec certitude ce qui se déroulait au sein de ce temple de la malversation, mais chacun se permettait de faire circuler rumeur scabreuse sur rumeur scabreuse à propos de l'organisation, prenant même le soin d'employer les mots susceptibles de choquer. Traffics en tout genre. Blanchiment d'argent. Assassinats. On attribuait à la Red Corporation un mauvais rôle récurrent, sans pour autant parvenir à s'assurer de la véracité desdites rumeurs. Après tout, on avait beau ignorer l'identité de Florinda S. Volonski, la fondatrice et présidente de l'organisation, son patronyme n'était inconnu à personne. Se pouvait-il qu'elle fût une descendante de l'illustre famille Volonski, cette famille tristement célèbre pour ses méfaits et ses relations avec la pègre de Drachma ? Peut-être, après tout, et on se plaisait ainsi à alimenter les bruits de couloir. De réputation, la demoiselle Volonski était respectée, et inspirait par la même occasion un profond effroi. Sans la connaître, on disait d'elle qu'elle avait de la hargne et beaucoup de ressources ; comment aurait-il pu en être autrement ? Pour fonder une entreprise aussi renommée que la Red Corporation et en faire, en seulement quelques mois, l'un des pilliers de l'économie locale, à tout juste trente ans, elle avait très probablement dû s'imposer comme personne ne l'avait fait jusque-là.

    Ses surbordonnés, quant à eux, appréhendaient plus que toute autre chose un contact ou une entrevue avec leur supérieure. Bien qu'ils lui vouassent un culte sans précédent, ils ne pouvaient pourtant s'empêcher de cultiver une angoisse permanente autour de la jeune femme, dont les colères terrifiantes faisaient fréquemment trembler le bâtiment de la Red Corporation. Et, pis que tout, la porte du bureau de Florinda Volonski en faisait cauchemarder plus d'un. En effet, son bureau était considéré à juste titre comme l'antre d'un quelconque monstre mythologique duquel on ne pouvait ressortir en chair et en os. Par ailleurs, peu d'individus avaient le privilège -ou le malheur- d'y pénétrer, si ce n'était pour recevoir une réprimande digne de ce nom. Par conséquent, la dirigeante de la Red Corporation y passait la plupart de son temps seule, en ermite entre ces quatre murs délavés, à soliloquer sur d'obscurs projets d'avenir, à mettre en place des plans plus malhonnêtes les uns que les autres, ou encore à remplir de multiples dossiers de son écriture droite et claire. Rien n'était alors en mesure de briser ce mur invisible mais infranchissable qui semblait séparer cette pièce du reste de l'immeuble, du reste du monde. A ce que l'on rapportait, il y règnait en permanence un silence de mort, un silence presque religieux, un calme indicible à glacer le sang. Ainsi, au su de l'ensemble de ces raisons, il était aisé de comprendre la crainte que ce bureau et sa détentrice faisait naître dans les esprits.

    En cette fin de journée funeste, la jeune femme se tenait debout face à la baie vitrée située dans le fond de la pièce, cette même baie vitrée qui offrait une vue incomparable sur la capitale. Même si, au fond, elle refusait de l'admettre, elle appréciait grandement le fait de contempler le crépuscule s'abattre sur la ville, un spectable grandiose, bouleversant, un instant éphémère où tout semblait se draper de rouge. Rouge. Le rouge de la Red Corporation. Cela était devenu pour elle comme une sorte de rituel mystique, un profond recueillement en l'honneur d'un dieu inconnu, une divinité à la couleur du sang. Bien entendu, ledit rituel ne durait jamais très longtemps, quelques minutes, tout au plus, quelques minutes durant lesquelles elle cessait instamment de réfléchir pour se noyer dans le ciel rougeoyant, pour se complaire dans la simple satisfaction d'admirer un trésor offert par la nature. Elle ne s'autorisait pas plus de temps, puisqu'elle considérait cette vile habitude comme étant une preuve de faiblesse. Depuis quand s'attardait-elle à observer le paysage ? Depuis quand les élans d'un coeur qu'elle pensait inexistant l'attiraient-ils près de la fenêtre ? Elle l'ignorait, mais elle ne pouvait s'empêcher de se trouver bien futile en cet instant précis, d'autant plus que la vision du crépuscule faisait monter au plus profond d'elle de bons sentiments écoeurants, ainsi que quelques gouttes de nostalgie. Un long soupir résigné vint fendre le silence, tandis que Florinda prenait de nouveau place derrière ce bureau qu'elle avait abandonné plus tôt. Faisant glisser ses pupilles pervenche sur la surface du meuble en désordre, elle constata avec une hilarité modérée qu'elle avait inconsciemment délaissé ses principales tâches dans sa précipitation. Un amoncellement de dossiers multicolores, une plume gisant sur le bois sombre qui avait tracé malencontreusement une traînée d'encre maladroite, ainsi que quelques annotations couchées sur une feuille de papier blanc, brusquement interrompues au beau milieu d'une phrase cérémonieuse qui paraissait désormais incongrue. Tant de détails dénués de réelle importance qui dénotait d'un arrêt sur image pure et simple. Florinda fouilla dans l'un des innombrables tiroirs en quête de sa boîte de tabac, lassée, comme quittée de toute motivation, fit glisser un cigare brun entre ses doigts fins, et l'alluma sans attendre. L'extrêmité incandescente avait dès lors la même teinte que cet astre à l'agonie qui brûlait nonchalamment, entouré de nuages vaporeux.

    Brusquement, alors qu'elle s'apprêtait à se plonger derechef dans son travail, un léger fracas se fit entendre à la porte, brisant la tranquilité des lieux. La jeune femme réprima un gromellement contrarié, tandis que son regard perçant se déposait avec mépris sur l'imposante porte d'entrée. Qui avait le culot d'oser la déranger en fin d'après-midi, rare moment où elle n'aspirait qu'à la sérénité ? Elle tenta vainement de se remémorer une éventuelle entrevue, mais rien ne lui vint spontanément ; ce furent quelques mots griffonnés à la volée au détour d'une page d'agenda qui lui rappelèrent son entretien tardif. Ce que l'on appelait couramment, dans le jargon de l'entreprise, un entretien d'embauche. Cependant, au sein de la Red Corporation, un entretien d'embauche n'en était pas un, du moins pas réellement. Il ne l'était qu'en apparence, sur le papier, mais impliquait en réalité de bien plus sombres desseins. En parrallèle, la jeune femme aurait pu, si tel avait été son désir, confier cette lourde tâche à l'un de ses éminents subordonnés, qui, de ce fait, aurait été nommé directeur du personnel, mais elle n'en formulait guère l'envie. Scrupuleuse et un tantinet élitiste, elle veillait très personnellement à la qualité de ceux qui recevaient le parfait honneur d'exercer leurs fonctions sous son joug impitoyable. Elle tenait à s'assurer elle-même des capacités de ses employés éventuels, cherchant à obtenir avec avidité la crème de la crème. Ainsi, la plupart du temps, elle jugeait les individus qui se présentaient à elle profondément incompétents, et les renvoyait violemment chez eux, non sans leur avoir fait part, avec une clarté indicible, de son mécontentement. Ceux-ci quittaient alors la Red Corporation amers de leur échec, mais avant tout terrifiés par l'aigreur de la demoiselle Volonski, avec la ferme intention de ne plus jamais y mettre les pieds. En conséquence, Florinda ne se faisait pas d'illusions quant à cette entrevue-ci. Il lui arrivait tellement rarement de rencontrer des individus dignes d'intérêt qu'elle s'était comme résignée à cette idée. Elle imaginait d'ores et déjà, sans aucune difficulté, toute l'ampleur pathétique de l'échange qu'elle allait partager avec l'inconnu qui se tenait debout derrière la porte, impatient d'entrer et de plaire. Elle le saluerait froidement, il tenterait de la convaincre de ses aptitudes hors norme, de ses spécialisations très dignes, il ferait preuve d'une auto-satisfaction indigeste qui la froisserait dès le départ. Comme à l'accoutumé, il s'avérera être un parfait incapable, et elle se ferait un plaisir extatique de le remettre à sa place point par point, avec une insistance frôlant le sadisme moral. Une parfaite routine, en somme.

    Se calant confortablement dans son siège, la jeune femme souffla un "Entrez" de circonstance, d'un timbre d'automate, avant de se replonger dans son travail, plume à la main et cigare entre les lèvres. Elle perçut le grincement de la porte qui s'ouvrait, et quelques bruits de pas fugitifs contre le parquet glacé. Rien de nouveau jusque-là. Qui était, par ailleurs, cette personne qu'elle se devait de rencontrer ? L'un de ses subordonnés avait dû lui souffler un quelconque patronyme quelques jours plus tôt, mais elle ne parvenait décidément pas à remettre le doigt dessus. Pourtant, elle se souvenait malgré tout que ledit patronyme avait provoqué chez elle une réaction de faible étonnement ; il lui était familier. Quoi qu'il en fût, elle interrompit bien vite ses pérégrinations mentales, et, froide et désabusée, prononça quelques mots à l'attention de l'individu qui venait de pénétrer dans son sanctuaire, et qui, en l'occurence, venait d'en saccager toute la religiosité.

    « Bien, allons à l'essentiel. Qui êtes-vous ? Quelles sont vos dispositions ? Hâtez-vous, je n'ai vraisemblablement pas de temps à perdre en formalités. »

    Elle avait dit cela sans même jeter un oeil à son interlocuteur, avec une indifférence presque incisive, comme si cela ne lui importait guère. Il y avait si peu de chances que la situation fût différente que de coutume. Et, ainsi assise, la fumée vaporeuse de son cigare s'élevant en volutes voluptueuses dans l'air, elle ressemblait à une souveraine despotique prête à dévorer à tout instant quiconque s'opposerait à son règne.

    Alea jacta est.


Dernière édition par Florinda S. Volonski le Mer 22 Déc - 18:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Dim 7 Nov - 23:21


Cette fin d’après-midi était loin d’être comme les autres. Habituellement, je passais du temps au parc avec Mely avant de rentrer préparer le repas en sa compagnie. Cependant, aujourd’hui, je la laissais s’amuser avec sa nouvelle amie, vivant dans l’immeuble d’à côté. Je n’avais pas le cœur à jouer. J’ai passé toute la journée enfermée dans ma bulle. Lorsque je parlais, j’avais l’impression que mes paroles étaient fausses, comme si ce n’était pas moi qui les prononçais et que c’était quelqu’un d’autre qui dictait ces phrases à ma place. J’étais un fantôme. D’une blancheur cadavérique j’avais toujours été, j’avais maintenant l’impression d’atteindre le stade de spectre. Pourquoi étais-je dans cet état ? Si seulement j’en avais une petite idée. Les méandres de mon esprit étaient parsemés de chemins sinueux que je ne pouvais atteindre. Je devais donc me contenter du peu d’informations que je possédais.

Y aurait-il un rapport avec le fait que j’étais depuis peu en difficulté financière ? De nombreuses fois je m’étais surprise à penser que je pourrais retourner à mon ancien métier. Ce métier que certains pratiquaient pour le plaisir, d’autres pour la survie. S’il y en avait qui n’attendaient que les billets verts à la fin de leur journée, d’autre n’espéraient qu’un certain réconfort ou bien le soulagement de leurs pulsions. Ce travail se pratiquait depuis les débuts de l’homme, il y avait bien longtemps de cela. Jamais il ne disparaitrait des annales. Je pensais, bien évidemment, au meurtre. Tueuse à gage. Voilà ce que j’avais été durant six longues années avant que le Colonel Aisya Jasdero ne m’aide à me défaire du joug de mon oncle, qui m’avait imposé ce travail. Avais-je eu le choix à cette époque ? Si je n’obéissais pas, je retournais au foyer familial. Plutôt mourir. Cependant, j’avais grandement apprécié mes entraînements avec mon mentor. Il était toujours là pour me soutenir. Grâce à lui, j’avais appris de grandes choses. Je savais me battre au corps à corps, mais aussi avec de nombreux types d’armes. Je possédais également une grande connaissance de la ville et de ses sombres quartiers. Très débrouillarde, j’avais appris à me sortir seule des situations délicates, sauf avec les homonculus qui m’obligeaient à prendre la fuite, faute de pouvoir les combattre. J’espérais malgré tout avoir le potentiel pour entrer dans la fameuse Red Corporation. J’avais eu vent qu’il s’y passait des choses pas très nettes, mais je m’en fichais bien. Tout ce qui m’importait était que j’aille cet emploi, que je sois à la hauteur de cette grande compagnie. Il n’était pas aisé d’y mettre le pied pour y rester. Cependant, cela ne m’effrayait pas. Je pensais être en mesure de faire mes preuves.
Mais… en étais-je si sûre ? Et si c’était cette entrevue qui me rendait si anxieuse ? J’avais déjà passé bon nombre d’entrevues et tout s’était toujours très bien passé. Alors, pourquoi serais-je nerveuse en vue de celle-ci ? Peut-être qu’inconsciemment j’avais peur de devoir me mêler, une fois de plus, à des affaires pas très franches ? En fait, je ne savais pas. Au fond de moi, il y avait toujours eu une part de satisfaction lorsque je tuais des criminels qui, selon moi, le méritait largement. Je jubilais intérieurement lorsque je voyais ma cible tomber au sol dans un bruit sourd avant qu’une marre vermeille se forme autour du corps inerte. Parfois, je pouvais me permettre de torturer mes victimes. Les violeurs, je les détestais plus que tout et c’était mes cibles préférées. J’en avait déjà tués deux, par pur plaisir sadique. S’ils se permettaient de blesser une femme physiquement et surtout, psychologiquement, de la détruire par leurs gestes sordides, ne pensant qu’à ce qui se trouvait dans leur pantalon, pourquoi ne pas leur faire goûter à la médecine d’une adolescente totalement dégoûtée par les hommes, mais surtout par eux ? Car ils n’étaient pas des humains pour moi, seulement que de la chair à tuer. Personne ne se doutait que les deux cas de corps démembrés, retrouvés éparpillés à travers une maisonnée paisible était de mon cru. Je poursuivais mes cibles jusqu’à leur domicile avant de les tuer dans le calme après les avoir bâillonnés et solidement attachés. Je m’amusais à couper leurs doigts ou leurs mains pour ensuite verser du sel sur les moignons. S’ils criaient, je les frappais. Ils tombaient un moment dans l’inconscience avant de se réveiller de nouveau dans cet enfer à cause de l’incessante douleur.
Étais-je vraiment en train de repenser à ces horrifiantes séances de torture ? Pourquoi… ? Je pensais que c’était derrière moi. Eh bien, voilà la preuve qu’on ne peut oublier certains moment de son passé. Je devais passer par-dessus ça. Et puis, même si à une certaine époque j’avais eu du plaisir à tuer, je ne recommencerais pas. Il me faudrait une bonne raison. Pour l’instant, je devais me débarrasser de ces infâmes pensées et me concentrer sur l’entrevue pour la Red Corporation.

Mely rentra à la maison, accompagnée de son amie. Je leur indiquais qu’un repas les attendait dans le réfrigérateur, si elles avaient faim avant de leur indiquer que je serais de retour dans quelques heures. Malgré son jeune âge, je pouvais faire confiance à l’enfant. Dans le milieu où elle avait été élevée, elle n’avait pu compter sur l’aide de personne. Elle avait appris à entretenir une maison, faire la cuisine, la lessive. Elle était une vraie femme à tout faire, malheureusement contre son gré. Elle n’avait jamais eu d’autres choix que d’obéir à ses tyranniques parents, jusqu’à ce que nos chemins se croisent… J’enfilais mon long et léger manteau de la couleur de la nuit avant de glisser mes clés dans mes poches et de sortir.

Le temps était frais. L’hiver approchait à grand pas. Les arbres tremblaient sous les légères brises d’un vent frisquet et les feuilles aux couleurs des flammes allaient doucement se poser auprès de leurs consœurs sur le sol glacé. Je marchais d’un pas rapide, bien décidée à décrocher cet emploi. J’étais déterminée et ce n’était pas ce sentiment étrange qui m’avait habité tout au long de cette foutue journée qui allait m’en empêcher ! Je fermais mon manteau pour protéger les parcelles de peau nue qui subissaient les caresses affectueuses de la brise. J’avais opté pour une tenue un peu plus appropriée pour cette entrevue que les vêtements que j’arborais habituellement. Une élégante robe d’un rouge extrêmement foncé moulait mon corps d’une manière gracieuse. Les longues manches, ne couvrant pas mes épaules, couvraient entièrement mes bras. Par moment, les derniers rayons du soleil faisaient naitre de légers reflets carmin sur le bas de la robe, s’arrêtant à mes genoux. Sur le côté droit, remontant au début de ma cuisse, le vêtement était fendu de manière à ce qu’il me soit simple d’atteindre mon arme à feu, toujours attachée à ma cuisse. Je ne pensais pas en avoir besoin lors de l’entretiens, loin de là, ce n’était qu’une simple précaution que je prenais lorsque je posais un pied hors de chez moi. Nombre de gens voulaient ma peau et je n’allais pas la céder si facilement sans me battre.

Lorsque j’arrivais devant l’immense immeuble qui abritait la Red Corporation, je contemplais l’endroit comme je l’avais fait si souvent lorsque je passais par là. Les autres bâtiments l’entourant semblaient si ridicules ! J’entrais sans plus attendre et une légère chaleur m’enveloppa aussitôt, réchauffant ma peau glacée par les étreintes du vent. Je me présentais à la secrétaire, occupée à remplir de la paperasse. Celle-ci ne s’aperçu de ma présence qu’après une longue minute. Je lui expliquais que j’étais présente pour une entrevue et elle se leva aussitôt pour me diriger jusqu’au bureau de Florinda Volonski, la dirigeante de l’entreprise. La secrétaire me laissa seule, devant la porte, une fois arrivées à destination. Je portais quelques coups à la grande porte et attendis une réponse quelconque. Un « Entrez » résonna après un court moment et j’obéis, posant la main sur la poignée avant de la tourner lentement et d’ouvrir la porte. Je fis quelques pas dans la pièce, écoutant le bruit des talons de mes bottes à la couleur carmine contre le carrelage d’une propreté exemplaire. Je refermais doucement la porte et à peine avais-je le temps de me retourner vers mademoiselle Volonski que celle-ci me mitraillait déjà de questions, froide et distante. Elle n’allait pas par quatre chemins et j’appréciais bien le fait qu’elle aille droit au but.


« Bien, allons à l'essentiel. Qui êtes-vous ? Quelles sont vos dispositions ? Hâtez-vous, je n'ai vraisemblablement pas de temps à perdre en formalités. »


-Je me nomme Ayame Hasashi. Je suis tireuse d’élite.

Tireuse d’élite, c’était tout ce que j’avais trouvé. J’avais songé, l’espace d’une nanoseconde, répondre « tueuse à gage », mais je n’étais pas certaine que c’était une bonne idée pour le moment. Je me demandais si je serais en mesure de retourner à mon ancien métier si elle me le proposait. Même si une voix dans ma tête me disait que ce serait immoral, je ne pouvais exclure cette option. Et si j’étais née pour tuer ? Une chose était sûre, j’étais destinée à vivre dans le crime et l’illégalité. Meurtres, possession d’armes illégales, vols, espionnage ainsi que kidnapping, c’étaient les points principaux de la liste de mes délits.

Je fixais Florinda Volonski qui n’avait toujours pas daigné lever la tête vers moi. Je ne semblais pas être d’une grande importance à ses yeux. Pourquoi ne pas avoir donné la tâche de faire passer les entrevues à l’un de ses employés ? Elle n’aurait pas eu à endurer ma présence en ce moment. Je fis quelques pas vers son bureau pour finalement m’arrêter au centre de la pièce, une main posée sur ma hanche, attendant la suite des événements. La fumée provenant de son cigare s’élevait dans la pièce avant de se dissiper, tout doucement. Étant habituée à cette odeur pour l’avoir endurée durant des années, je ne m’en souciais pas. Cependant, de mauvais souvenirs de ma famille, reliés au parfum du cigare, me revinrent en tête et je tâchais de les repousser. Ce n’était pas le moment de penser à ces salauds qui avaient malheureusement fait partie de ma triste vie.
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Mer 10 Nov - 16:15

« As long as habit and routine dictate the pattern of living,
New dimensions of the soul will not emerge. »


    Il est parfois, dans une vie, des journées véritablement et étonnamment surprenantes. Cela même lorsque l'on avait pris la décision de se prostrer dans une routine qui n'avait dès lors rien de particulièrement palpitant. Les jours se succédent à l'identique, sans laisser place à une quelconque surprise, ou à un événement qui serait venu, tout à fait fortuitement, briser cet équilibre parfait créé au fil du temps. Tout n'est qu'ennui, tout semble pâle et éphémère derrière la fenêtre. Plus rien ne palpite de vie. Les regards sont mornes, vidés de toute lueur d'ambition. Il ne reste que cette extrême langueur, cette torpeur dans laquelle on choisit volontairement de se murer, pour ne pas à affronter les aléas capricieux de la fortune. Une vie réglée comme une horloge, dans laquelle chaque seconde est minutieusement calculée, où rien n'est laissé au hasard, par simple peur de l'imprévu. N'est-ce pourtant pas triste au possible d'errer lassement dans une existence où seule prédomine l'attente sempiternelle de l'inattendu ? Bien sûr, cela n'a rien d'une vie à proprement parler ; plutôt une bête succession de faits tristement prévisibles. Cependant, on ne peut se dresser éternellement contre le destin qui, furieux de ce manque d'attention qu'on achève de lui porter, finit toujours par titiller un peu un rythme de vie trop rondement mené, et jette sur la route toute tracée quelques obstacles agréablement inespérés. Agréablement, en effet. Il n'est rien de plus grisant de sortir des sentiers battus, de franchir les limites que l'on s'est soi-même imposées par le passé. Dans un monde grisâtre, en noir et blanc, il est délicieux de constater que par moment, quelques personages en technicolor viennent se glisser dans le tableau et faire acte d'une présence importune, mais pourtant nécessaire. Le hasard ne forge-t-il pas ainsi le caractère ? N'engendre-t-il pas l'effort d'adaptation et le contrôle de soi ? Le hasard est source d'apprentissage, comme tout autre concept universel, tandis que la monotonie du quotidien résonne comme un silence, une note à vide au sein du grand orchestre de l'existence. La monotonie brime nos envies et notre désir d'ascension. C'est un fait. Quiconque l'a un tant soit peu vécu ne peut le nier. Le hasard fait émerger de nouvelles dimensions de notre âme ...

    Dans le cas de Florinda Volonski, on ne pouvait décemment pas parler de routine. Sa vie était loin d'être enfermée dans une monotonie pâle et repoussante, au contraire, elle subissait régulièrement les caprices brusques et détonnants du destin. Chaque jour, elle exécutait des contrats fondamentalement différents les uns des autres, elle rencontrait des individus qui n'avaient rien en commun. Bien entendu, certaines journées se montraient plus productives que d'autres, plus passionnantes, et éveillaient avec plus de force la hargne silencieuse qui sommeillait au fond d'elle-même. Elle en sortait dès lors pleinement satisfaite, avec ce sentiment d'avoir accompli quelque chose afin de gagner en prospérité, car s'il y avait bien une chose que la jeune femme méprisait plus que tout, c'était le fait de perdre son temps. Lorsque des individus peu assurés, bégayant quelques borborygmes incongrus, se présentaient à elle, elle faisait rarement preuve de pitié. Elle avait une multitude de choses à accomplir ; une vie entière ici bas ne serait peut-être pas suffisante pour voir naître l'ensemble de ses projets de grandeur, alors, de fait, pourquoi s'embarasser inutilement et gaspiller de précieuses minutes d'existence en banalités ? Si elle n'en avait pas eu le besoin très humain, elle aurait supprimé son temps de sommeil, qui, au demeurant, n'atteignait pas des durées astronomiques. Elle aurait exploré nuit et jour des plans macabres, des idées fallacieuses, dans l'espoir de s'imposer davantage, de s'élever dans la société avec plus d'assurance encore, bien qu'elle pouvait d'ores et déjà se vanter de son influence au sein de l'économie de la capitale. Non, décidément, Florinda n'était pas une adepte de la passivité. Elle repoussait la monotonie comme un vulgaire insecte écrasé sur la surface translucide d'une fenêtre. D'un simple revers de la main, elle chassait l'ennui, et faisait de sa vie un enfer de responsabilités et d'ardeur récurrente. Et elle se complaisait malgré tout dans cette effervescence permanente ; elle aimait tellement l'idée d'avoir le contrôle, d'être à la tête d'un ensemble d'individus afin de faire circuler sa propre idéologie, avec la certitude que l'on répondrait un Amen sincère et dévoué à la plupart de ses discours enflammés. En effet, la belle était une femme de poigne, il aurait été idiot de le nier.

    Cependant, ces derniers temps, l'existence effrénée de la Rose Noire de la Red Corporation s'était un tantinet apaisée, comme si le rythme auparavant fulgurant s'était essoufflé sous l'effort. La ville des lumières paraissait bien calme en ce moment, et ce n'était pas pour enthousiasmer la jeune femme. N'ayant plus énormément d'affaires en cours, elle consacrait son temps libre à se plonger dans d'anciens dossiers scabreux, ou à achever la rédaction de quelques mémoires de circonstance. Elle s'occupait ainsi comme elle le pouvait, se levant toujours très tôt, généralement en même temps que le soleil, et passait des heures entières plongée dans d'intenses réflexions par rapport au chemin parcouru et au chemin qu'il restait à parcourir. Elle trouvait des moyens par milliers afin de faire croître toujours plus la Red Corporation, et tâchait de mettre l'accent sur la qualité de son personnel. Par conséquent, elle organisait des entraînements de groupe particulièrement intensifs, et cherchait en parallèle à recruter de nouveaux membres qui viendrait apporter un peu de fraîcheur à l'aigreur qui règnait au sein des rangs de l'organisation. Certains de ses compagnons les plus fidèles l'accompagnaient depuis la création de l'entreprise ; en effet, ils avaient été, pour la plupart d'entre eux, des soldats exerçant sous ses ordres, qui s'étaient trouvés tout à fait saisis d'admiration pour l'alchimiste, sa bravoure sans faille, et ses idées très justes. En revanche, chez les nouveaux membres, davantage jeunes et vifs que les vétérans, elle ne parvenait pas à retrouver cette lueur de combattivité dans leur regard, cette soif irrémédiable de vivre, de vaincre, d'écraser la concurrence. Ceux-ci prenaient cela avec un sérieux limité et un flegme à toute épreuve, ce qui avait tendance à agacer grandement Florinda, qui ne supportait pas la suffisance et l'absence de zèle. La jeune femme gagnait alors en fatalité, presque convaincue qu'il lui était désormais impossible de croiser la route d'un jeune mercenaire plein de potentiel et débordant de pugnacité. Les gens biens se faisaient de plus en plus rares de nos jours, dans cette société démunie où l'on faisait l'éloge du moindre effort. Ainsi, elle n'avait de cesse de se demander par quel moyen miraculeux l'on pouvait réussir sans fournir le moindre effort, et à quel point le fait de façonner un citoyen type gouverné par une profonde apathie était en mesure de faire avancer les choses. Ces inepties et ces absurdités l'affligeaient au plus haut point.

    « Je me nomme Ayame Hasashi. Je suis tireuse d'élite. »

    Jusque-là, Florinda n'avait pas levé les yeux une seule fois, affichant un faciès presque résigné. La pointe de sa plume courait sur le papier avec fluidité, provoquant un crissement sourd tandis que se traçaient des courbes et fioritures fines et élégantes. Mais, lorsque la voix avait retenti face à elle, elle avait brusquement interrompu son geste ; la pointe de la plume s'immobilisa à la fin d'un quelconque mot, déversant son encre sombre dans le vide de la phrase. La jeune femme étouffa un soupir désappointé, délaissant au final son outil de travail pour passer une main sur sa nuque caressée par une multitude de boucles d'une blondeur irisée. Avait-elle bien entendu ? Cette voix, à l'instant, lui paraissait si fluette, si cristalline, comme si elle appartenait à un enfant ... Lentement, elle déposa son regard bleu cobalt sur la personne qui lui faisait face, et, l'espace d'une fraction de seconde, ses pupilles tremblotèrent de manière presque imperceptible dans leurs orbites. Ses sourcils se froncèrent, ses lèvres se pincèrent sur l'extrêmité de son cigare, et ses yeux reflétaient plus de perplexité qu'autre chose. Elle se l'était figuré en entendant la fameuse voix ; cette fois-ci, pis qu'un incompétent, c'était une adolescente qui postulait. Elle ne savait pas si elle devait s'en gausser ou bien le prendre au sérieux. « Je suis tireuse d'élite », avait-elle prononcé plus tôt, avec une conviction glaciale. Florinda avait connu bon nombre de situations cocasses au possible, mais jamais, au grand jamais, une fillette ne lui avait réclamé un emploi. Mais quel âge avait-elle, au juste ? Dix-sept, dix-huit ans au plus ? La Red Corporation n'était pas une crèche, elle n'avait pas de temps à consacrer à l'éducation d'une adolescente. La plaisanterie était de taille, et si elle l'avait plongée dans un état de scepticisme de prime abord, elle s'en trouvait désormais plutôt fâchée. Et le pire dans tout cela était qu'elle ne savait absolument pas quoi répondre à son interlocutrice, qui à priori, n'était rien de plus qu'une illuminée en quête d'un tant soit peu d'action. Immobile telle une statue de marbre, les lèvres de Florinda semblaient s'être scellées sous la surprise, mais elle retrouva tout son dédain habituel, laissant même échapper un très bref ricannement emprunt de cynisme avant de reprendre tout son sérieux.

    « Allons, fillette, ne dis pas d'idioties. Je ne donne pas dans le scolaire, vois-tu. Rentre donc chez toi, et va t'amuser avec un pistolet à eau. »

    A ces mots, elle tira d'un geste suave sur son cigare. La fumée aux relents de tabac tiède envahissait désormais la pièce, flottant gracieusement autour des meubles telle une épaisse brume. Florinda dévisageait la jeune fille, murée dans un mutisme sévère. Celle-ci était vêtue d'une robe rouge sombre ; elle nota le clin d'oeil à la couleur emblématique de la Red Corporation. Se pouvait-il qu'en fin de compte, cette fillette s'intéressât réellement à l'organisation ? En outre, elle remarqua de suite le revolver attaché à sa cuisse par le moyen d'une jarretière. Un revolver qui n'avait rien d'un "pistolet à eau", comme elle l'avait laissé entendre quelques minutes plus tôt. Revenant subitement sur son jugement un peu hâtif et faussé par le choc de l'instant, Florinda réalisa qu'elle s'était peut-être montrée un tantinet désobligeante. Il était vrai que prêter attention aux détails de la parure d'un individu ne constituait pas l'une de ses habitudes les plus courantes, et peut-être était-ce une erreur après tout. Car, malgré la réplique cinglante qu'elle avait lancé à la jeune fille, elle devait avouer que dans son regard brillait une réelle détermination, une détermination qu'elle ne retrouvait pas chez la majorité des recrues potentielles. Peut-être son cas était-il encore à méditer ... Mais tout de même, une enfant qui se prétendait tireuse d'élite n'était pas monnaie courante dans la capitale. Elle trouvait d'ailleurs cela un peu triste, mais pleurer et s'appitoyer sur le sort d'autrui n'était pas de son genre. Faisant fi de son jeune âge, elle s'attarda sur son patronyme. Ce même patronyme qui l'avait fait réagir quelques jours auparavant. Qu'était-ce, déjà ? Hasashi. Cela lui paraissait tellement familier, elle l'avait entendu de nombreuses fois. Lorsque cela lui revint enfin, elle porta un autre regard sur son interlocutrice, comme si, soudainement, elle avait davantage d'intérêt à ses yeux. Hasashi, bien sûr, comment avait-elle pu ne pas s'en souvenir plus tôt ? Ce même Hasashi qui dirigeait une entreprise concurrente qu'elle avait évincée il y avait quelques années. Une entreprise qui pourtant, persistait à s'accrocher au marché local avec un peu trop de ferveur au goût de Florinda. Elle voyait en la présence de la fille Hasashi dans son bureau un signe, une opportunité de démanteler l'entreprise de l'un de ses concurrents les plus tenaces, si ce n'était de se l'approprier en rachetant ses parts. Voilà une idée qui parvenait à embraser de nouveau son feu intérieur.

    « Soit dit en passant, je pourrais reconsidérer ta requête ... souffla-t-elle d'une voix faussement aimable, tout en indiquant d'un simple signe de tête un siège à la jeune fille. J'imagine que tu es venue ici dans l'espoir d'intégrer les rangs de la Red Corporation. Mais t'en estimes-tu seulement capable ? Et quelles sont les motivations qui t'ont poussée à poser ne serait-ce qu'un pied dans ce bureau ? »


Dernière édition par Florinda S. Volonski le Mer 22 Déc - 18:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Mer 10 Nov - 23:40

J'attendais une quelconque réaction de la femme. J'étais totalement ignorée et ça m'énervait. Si elle était trop occupée, qu'elle refile cet entretien à quelqu'un d'autre. Et si elle testait ma patience ? Eh bien, c'était réussi, elle commençait lentement à s'évaporer. Elle ne daignait pas lever la tête vers moi, à croire qu'elle me trouvait sans intérêt. Puis, soudainement, elle cessa d'écrire. Elle pris tout son temps pour poser son crayon, temps que je trouvais extrêmement long au centre de cette grande pièce. Venait-elle de se rendre compte de mon existence ? Ça serait bien un bon début. Lorsqu'elle leva la tête, je pus l'observer attentivement. La première chose qui attira mon regard fut cette cicatrice sur son visage. Je n'étais pas dégoutée, loin de là. J'avais vu pire, et encore, je ne trouvais pas ça si laid. Cette énorme marque sur son visage était la preuve qu'elle avait vécu, qu'elle était forte. Son regard m'en disait aussi long sur elle. Je perdis mes prunelles dans ses magnifiques yeux bleus. Bleus, comme les miens. Cependant, les siens exprimaient un grand sérieux. Une pointe de surprise avait fait un rapide passage devant ses prunelles avant d'être chassée aussitôt. Elle ne s'attendait probablement pas à voir une femme ici, non ? Dans mon cas, j'avais passé les dernières années de ma vie dans un monde d'homme. J'étais la seule tueuse sous les ordres de mon oncle. Habituellement, les femmes étaient des prostituées. Souvent je m'étais comptée chanceuse d'être devenue une tueuse, plutôt qu'un simple morceau de chaire obligée de se soumettre à un homme, le temps d'une nuit, pour quelques billets dont la plupart ne lui revenait pas. Je voyais donc le métier de tueur comme un truc d'homme, malgré que j'étais meilleure que certains d'entre eux. Quand nous n'avions rien à faire, on faisait des concours et des paris sur celui qui pouvait tuer une cible à un certain nombre de mètre et la faire mourir sur le coup ou bien sûr la personne qui pouvait torturer le plus longtemps sa victime avant qu'elle ne meurt de ses blessures. Ça peut paraître macabre, mais c'était la réalité.

« Allons, fillette, ne dis pas d'idioties. Je ne donne pas dans le scolaire, vois-tu. Rentre donc chez toi, et va t'amuser avec un pistolet à eau. »

Les mots qui sortirent de ses lèvres ne me plaisaient guère. En fait, c'était la première fois qu'on me sortait quelque chose de semblable lors d'un entretien d'embauche. Elle avait donc tout de suite remarqué mon jeune âge ? Cependant, l'âge physique n'avait aucun rapport avec mes compétences ni mon degré de maturité. J'avais beau n'avoir que dix-sept pauvres années de vie, je vivais la vie de tout adulte de cette fichue société. Je m'occupais d'une jeune fille, j'avais mon propre appartement, je travaillais et je n'étais dépendante de personne. Au premier regard, personne ne pouvait deviner ce que j'avais enduré dans la vie. Personne ne pouvait savoir le chemin que j'avais parcouru ni tout ce que j'avais pu faire pour être présente dans ce bureau à me faire traiter d'enfant !

Frustrée, et c'était le cas de le dire, je souhaitais bien lui prouver que j'étais loin d'être une simple gamine cherchant un travail pour un peu d'argent de poche. J'étais déterminée à lui montrer que j'étais sérieuse. Mes doigts effleurèrent légèrement mon arme à feu. Est-ce qu'un pistolet à eau pourrait tuer autrui ? Non. Mon revolver, si. Tout comme moi... Elle ne savait pas que, devant elle, se tenait une ancienne tueuse à gage. Et si elle savait, peut-être qu'elle changerait d'avis à mon sujet ? L'idée de lui présenter mon arme était très présence dans mon esprit. Elle semblait vouloir écraser toute pensée se trouvant sur son chemin pour avoir la pleine possession de mon esprit. C'était une idée, seulement pour lui faire ravaler ses paroles, même si, vu le tempérament dont elle faisait preuve, je n'aurais droit qu'à de l'indifférence, tout au plus.

Je regardais Mademoiselle Volonski tirer son cigare dont la fumée se répandait dans la pièce en petits nuages grisâtres, s'évaporant dans l'air. Malgré la rancoeur que j'éprouvais envers elle, je ne pouvais m'empêcher de trouver un certain charme à cette femme. Elle possédait quelque chose que les je ne voyais pas chez d'autres femmes. Quelque chose se dégageant d'elle, qui la rendait unique et...spéciale. Cette balafre défigurant son visage ne la rendait pas moins belle, au contraire; j'y trouvais une beauté notoire.


« Soit dit en passant, je pourrais reconsidérer ta requête ... J'imagine que tu es venue ici dans l'espoir d'intégrer les rangs de la Red Corporation. Mais t'en estimes-tu seulement capable ? Et quelles sont les motivations qui t'ont poussée à poser ne serait-ce qu'un pied dans ce bureau ? »

Avais-je bien entendue ? Se moquait-elle de moi ou quoi ? Quelques instants plutôt elle m'avait envoyé promener et maintenant elle souhaitait revoir mon cas ? Décidément, je ne comprenais pas ce qui lui traversait l'esprit. Je ne m'attardais pas et pris place sur le siège qu'elle me désigna et croisait les jambes. Quelque chose dans son changement d'attitude me poussait à être quelque peu méfiante envers elle. À quel jeu jouait-elle ? J'aimerais bien connaître ses véritables desseins...

-J'aime bien relever de nouveaux défis et je crois bien que celui-ci est parfait pour moi. Si je suis venue ici, c'est bien pour pouvoir travailler dans l'armement. Quoi de mieux que la plus grande entreprise d'arsenaux de Central ? Pour être franche, je crois bien que mon seul talent réside dans la manipulation d'artillerie ainsi que le combat.


J'étais franche. Je n'allais pas y aller par quatre chemins et m'inventer des talents. Depuis que je vivais avec Mely, je me rendais compte, peu à peu, que je ne pouvais plus mentir à tout le monde que je croisais comme ça. Si je restais discrète sur mon véritable nom, surtout face à l'armée, ainsi que mon âge, je ne pouvais plus inventer une vie pour cacher mon passé. Par contre, mentir était devenu une espèce d'automatisme pour moi. J'ai été élevée dans le mensonge. J'ai appris à fuir. D'ailleurs, je me demande pourquoi je passe tout mon temps à éviter mes ennemis. Je n'ose plus les affronter. C'était comme si j'avais perdu la capacité d'affronter l'adversaire depuis que j'avais quitté le monde de la pègre. Et si je redevenais ainsi ? Je ne savais plus quoi en penser.

Il n'y a qu'un tueur qui peut affirmer que lorsqu'on a goûté au sang, on ne peut plus ignorer ses appels. C'était véridique. Je savais que j'avais le pouvoir de tuer, je sais que c'est très simple de voler la vie d'un être humain. Je savais que je voulais quitter l'organisation de mon oncle, non pas pour cesser de tuer, mais bien pour ne plus être sous son contrôle, pour tirer un trait sur mon passé et ma famille et ne plus vivre dans la crainte que mon oncle ose me ramener de force au foyer familial. Tel était ma principale raison. Il fallait que je cesse de penser à ça. Le passé n'avait plus rien à voir avec mon présent et je ne me comprenais plus moi-même.


Je plongeais mon regard dans celui de Mademoiselle Volonski, plus déterminée que jamais. Je voulais ce travail, peu importe les motivations qui me poussaient à l'obtenir. Je voulais lui prouver qu'une enfant, très bien entraînée, pouvait être en mesure de faire le même boulot que les adultes de ce grand bâtiment.
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Sam 11 Déc - 15:56

« Les hommes ne croient jamais
Les autres capables de ce
Qu'ils ne le sont pas eux-mêmes. »



    Dans ce bureau retiré du monde, le temps semblait s'écouler avec une paisible lenteur, comme si celui-ci s'était trouvé tout à fait hors du temps, dans une sorte de dimension parallèle, ou peut-êre d'espace spatio-temporel reculé. Et pire que cela, il y règnait une atmosphère profondément oppressante, dans laquelle crainte et terreur sourde s'interpénètraient, pour ne laisser place qu'à un silence mortuaire. Personne n'aurait pu exprimer clairement pourquoi cette sensation aigre et amère prenait ainsi à la gorge, mais tout le monde s'en doutait. Le fait était que Florinda Volonski effrayait. La moindre palpitation, la moindre inspiration, aussi ténue fût-elle, en devenait intolérable. Sa présence et sa prestence égalaient celles d'un souverain tyrannique. Elle irradiait une sorte d'énergie noire terrifiante, une aura gargantuesque qui la faisait apparaître monstrueuse à l'instant même où le talon aiguille de ses escarpins rouges se posait avec violence sur le parquet d'une pièce. Dès lors, on s'abstenait toute parole, toute émotion ; seules des lueurs d'effarement subreptices pouvaient encore se lire dans le regard d'autrui. Nul ne pouvait expliquer d'où provenait cette désagréable sensation, et l'on courbait bassement l'échine devant le joug de Florinda Volonski. Elle dégageait une telle force, que ce fût dans le plus infime geste qu'elle exécutât, ou même dans sa façon de parler, agressive, tout à fait dénuée d'émotion. En sa présence, la tension se faisait palpable. Elle n'avait rien d'une jeune femme ordinaire, fort au contraire ; elle semblait venir d'une toute autre planète. Et pourtant, elle ne se considérait pas si différente des autres. Elle gagnait son pain, comme tout le monde. Et qui plus est, dans l'unique but d'assouvir ses intérêts personnels. N'était-ce pas là ce que tous les humains ici bas recherchaient ? L'accomplissement du plaisir et de l'ambition propres à chacun ? Si, bien évidemment. L'hybris humaine était un concept tellement évident. Ce goût de la démesure, de l'orgueil, n'appartenait qu'aux êtres pensants, et il était bien triste de constater qu'au fond, tout en étant tous très différents, tous les humains se ressemblaient dans les plus sombres tréfonds de leur âme. Florinda n'était pas sans l'ignorer. Elle avait roulé sa bosse, et cette expérience personnelle lui avait appris bien plus que tout ce qu'elle avait pu lire dans sa vie. Elle avait appris à comprendre le genre humain, à décrypter la moindre émotion qui illuminait ou assombrissait un visage, à comprendre les objectifs de tout un chacun suite à la plus brève des entrevues. La psychologie humaine avait beau paraître complexe, elle était en réalité véritablement simple à comprendre. Après tout, les rouages de cette mécanique bien huilée tournaient de la même façon pour tout le monde. Et cette expérience de l'humanité s'était construite sur un bon nombre d'erreurs, ajouté à quelques réussités modestes. Rien d'extraordinaire au demeurant.

    Le regard saphiréen de la jeune femme avait très lentement glissé sur son interlocutrice. La frustration et le déshonneur pouvaient dorénavant se lire sur son visage dont les traits s'étaient subitement tirés. Un sourire cynique étira les lèvres carmins de Florinda, tandis qu'elle écrasait son cigare dans un cendrier négligemment posé sur son bureau, en éparpillant les cendres avec une certaine ardeur. Ses mots avaient en l'occurence fait mouche auprès de la jeune fille. Tout cela était prévisible ; la verve de la jeunesse était toujours très attachée à son orgueil et à son estime de soi démesurée. Pourtant, elle avait vu Ayame porter mécaniquement une main blanche à son arme. Entendait-elle, par ce geste très significatif, qu'elle avait l'intention de faire ses preuves ? A cette idée, le sourire de la jeune femme s'élargit. Cette gamine n'avait rien de commun, elle pouvait l'affirmer désormais. En un sens, elle lui rappelait un peu l'adolescente qu'elle avait été par le passé. A l'âge de douze ans, elle avait quitté Drachma de son propre chef, seule, éclopée, et avait entrepris un loin voyable, pénible et éreintant, à travers les terres gelées. Bien sûr, elle ne s'en était pas sortie sans séquelles, mais cela lui avait profondément forgé le caractère. Elle avait ainsi échoué à North City, et avait commencé une parfaite errance languissante. A la recherche de quoi, au juste ? Elle-même aurait été incapable de le dire. A cette époque, elle s'était perdue de vue. Elle ne faisait que suivre son instinct primaire, et avait perdu tout sens commun. Elle avait sombré dans la violence, le vandalisme, le meurtre même. Telle une machine sans volonté ni états d'âme, elle avait succombé lâchement à l'appel du sang. Elle avait profité de la faiblesse d'autrui. Elle avait beaucoup tué, croyant peut-être naïvement que la mort d'autrui lui apporterait davantage de vie. Pourtant, elle n'avait jamais aussi peu vécu que durant son adolescence. Une partie de son esprit s'était au contraire engourdie, plongée dans une torpeur sans précédent. A vrai dire, elle ne savait plus si elle avait réellement été humaine, à cette époque. Quoi qu'il en fût, un jour, elle avait ouvert les yeux, elle s'était finalement réveillée. Elle avait décidé de recommencer à vivre, s'était prise en mains et s'était vaillamment redressée face à l'adversité. Elle retrouvait cette même détermination, cette ambition, cette soif de s'en sortir chez Ayame. Au fond, peut-être qu'elle aussi cherchait à se prendre en mains à cet instant précis. Peut-être que Florinda n'avait qu'à lui donner une réponse positive pour lui permettre de s'en sortir. Mais la dirigeante de la Red Corporation n'était pas sans savoir que la compassion ne menait à rien en ce monde. Si cette jeune fille, pleine de bonne volonté, désirait renaître au sein de la Red Corporation, il lui faudrait montrer de quoi elle était réellement capable. Et sur ce point, Florinda avait bel et bien l'intention de se montrer intransigeante.
     
    « J'aime bien relever de nouveaux défis et je crois bien que celui-ci est parfait pour moi. Si je suis venue ici, c'est bien pour pouvoir travailler dans l'armement. Quoi de mieux que la plus grande entreprise d'arsenaux de Central ? Pour être franche, je crois bien que mon seul talent réside dans la manipulation d'artillerie ainsi que le combat. »

    La jeune fille avait élevé la voix avec d'autant plus d'assurance que précédemment. Florinda, quant à elle, la fixait avec un mélange de cruauté et de curiosité. Comme elle s'en était doutée, elle n'avait pas dû avoir une existence des plus paisibles, bien au contraire. Jeter une adolescente dans un monde fait de sang et de douleur était la meilleure chose à faire si l'on voulait brider tous ses rêves. Florinda était bien placée pour le savoir, elle avait connu le même sort. Et plus elle observait son interlocutrice, plus elle percevait en elle une tristesse incommensurable. Quelles horribles choses avaient-elle pu vivre par le passé ? Elle devait avoir traversé des épreuves véritablement scabreuses pour suinter un pareil désespoir. Et, comme tous les enfants lésés par le destin, elle s'était trouvée face à un choix difficile, une décision à prendre dans l'immédiat. De façon prévisible, elle s'était tournée vers ce qu'elle connaissait de mieux : engendrer la mort et la dévastation. La mort était son métier, tout comme il était et serait toujours celui de Florinda Volonski. Cruelle fatalité. Semer la douleur n'avait rien de noble, il était certain, mais à quoi pouvait-on se rattacher lorsque l'on n'avait rien connu d'autre que cela ? La mort était leur dernier lien à la réalité ; ironiquement, c'était en quelque sorte leur dernière parcelle de vie. A bien y réfléchir, Florinda se dit qu'à l'époque, elle aurait pu choisir une toute autre voie que celle de l'armée. Elle aurait pu échapper au monde de la mort et de la violence, pour adopter un mode de vie sain. Ou peut-être que sa destinée avait toujours été de prendre la vie, sans la moindre once de pitié. Est-ce qu'elle avait des regrets ? Bien sûr que non, elle n'était pas suffisamment sentimentale pour en avoir. Après tout, la probabilité même de choisir une autre voie lui paraissait absurde. Emprunter le chemin de la violence lui était apparu comme la décision la plus juste, comme si cela était naturel. Ce choix s'était imposé de lui-même, sans qu'elle ne le solicite. Dans ce cas, pourquoi cela serait-il différent pour Ayame ? Elle devait sans doute se trouver dans la même situation. Cette situation désagréable dans laquelle on ne cherche pas à se demander s'il nous reste ou non un choix à faire, mais où ce choix devient une évidence. Alors, Ayame Hasashi, vêtue de sa roube rouge, et ses longs cheveux flottant autour de son corps frêle, lui apparaissait comme un miroir de l'adolescente triste et agressive qu'elle avait été. Comme si on lui offrait une chance, malgré tout, de reconstruire son existence manquée à travers l'identité d'une autre jeune fille. L'opportunité était trop belle.

    Florinda abattit violemment ses mains sur le bois glacé de son bureau, tout en se redressant. Elle avait planté son regard mordant dans les prunelles de son interlocutrice, ferme, infiniment sévère. Elle sentait le bois palpiter au creux de ses paumes, tandis qu'une veine frétillait au niveau de sa tempe, à l'image d'une vaguelette éphémère venant agiter une mer trop calme. Plus que passablement agacée, elle semblait plutôt piquée au vif, comme si sa patience si modérée avait atteint le seuil critique de non retour.

    « "Relever de nouveaux défis" ?! répéta-t-elle d'une voix tonitruante. Ce sont là tes motivations ? Tout ceci n'est pas un simple jeu. Je ne sais pas si tu mesures les conséquences de tes actes, et encore moins de ta présence ici. Tu te rends bien compte de ce que cela signifie. Tu ne pourras plus revenir en arrière. Tu seras condamnée à jamais à souffrir une vie de violence et de désespoir. Est-ce réellement ce que tu veux ? »

    La jeune femme s'autorisa un instant de réflexion. Etait-ce de l'égard qu'elle exprimait à travers ces paroles ? Cherchait-elle à dissuader Ayame de s'enrôler dans la Red Corporation, par simple égard pour elle ? Non, ce ne pouvait pas être cela. Ce n'était pas véritablement de l'égard. Florinda n'avait encore jamais connu ce genre de situation. Jamais un adolescent ne s'était présenté à elle pour obtenir un travail. Jamais. Il fallait l'avouer, elle était un tantinet prise de cours, ne sachant trop que faire. Mais ce qui l'inquiètait avant tout était de savoir si oui ou non cette jeune fille s'avèrerait être un bon élément au sein de son organisation. Si elle saurait réprimer ses bons sentiments de jeune fille et sa fougue. Personnellement, elle en doutait. Elle se méfiait de la jeunesse. Les fruits trop mûrs n'étaient, en général, jamais très goûteux. Pourtant, elle voulait croire au potentiel de cette même jeune fille. Elle voulait croire à cette détermination si vive qu'elle avait lue plus tôt dans son regard d'acier. En la personne d'Ayame, elle voyait plus que du doute, elle voyait du renouveau. Et le renouveau lui manquait cruellement. En outre, elle appréciait sa franchise et son humilité. Elle n'était pas comme tous ces idiots de prétendus mercenaires bourrés d'auto-satisfaction quant à leurs pseudos exploits extraordinaires. Non, elle s'était présentée avec une simplicité louable, avait énoncé ses aptitudes avec calme, et s'était tue. Au contraire de Florinda, qui avait fait preuve d'une lunatie légendaire, Ayame s'était montrée d'un grand stoïcisme depuis le début de l'entretien. Au fond, peut-être que le professionnalisme de la jeune fille n'était pas à remettre en cause. Elle paraissait même plus mature que certains adultes qu'elle voyait défiler devant elle chaque jour. Petit à petit, elle parvenait à gagner l'estime de la dirigeante de la Red Corporation, une estime qu'elle n'accordait pourtant pas à tout le monde. Et par la suite, Florinda Volonski s'était approchée de la fenêtre, pour finalement l'ouvrir. En un instant, la fumée qui envahissait la pièce fut emportée par la brise. La jeune femme, le regard perdu entre les immeubles de la capitale, admirait de nouveau cette voûte céleste rouge orangée, tournant le dos à son interlocutrice. Sa chevelure d'un blond très clair dansait frénétiquement sous le vent, et son visage s'était subitement paré d'une étrange sérénité.

    « Central City est mon empire. Un empire que j'ai soumis par la force durant ces sept dernières années. En disant cela, elle avait tendu les mains devant elle, les bras ouverts, comme si elle cherchait à engloutir la ville. La Red Corporation est bien plus complexe qu'elle n'y paraît. Son statut de fournisseur d'armement n'est qu'une façade rutilante pour mieux cacher sa part d'obscurité. Mais je ne t'apprends rien. Tout est fait d'obscurité. Elle marqua une brève pause avant de continuer. Tu penses être à la hauteur de ce fardeau ? Dans ce cas, prouve-le moi. »

    Florinda avait soufflé ces derniers mots d'une voix doucereuse, sans jeter une seule fois un regard en arrière. Cette fois-ci, elle ne cherchait pas à provoquer son interlocutrice, mais bel et bien à la tester. Elle souhaitait que celle-ci l'étonne, l'offusque, l'affole. Peu importait. Elle désirait avidement voir la jeunesse briller dans son plus bel apparat.
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Ven 24 Déc - 21:30

Certaines personnes affirment que notre avenir est déjà écrit. D’autres crois plutôt que c’est l’humain qui construit ce futur comme il le conçoit. Pour ma part, je ne crois en rien. Il n’existe pas de dieux ou d’anges pour veiller sur nous. S’ils en avaient déjà existé, ils devaient être tous bien cacher derrière leurs nuages, effrayés par le spectacle que nous, misérables humains livrions chaque jour. Nous étions donc seuls en ce monde. Priez et espérer ne servait à rien. J’avais perdu trop de temps de ma jeunesse à confier mes rêves, mes espoirs à des chimères, de pures illusions que j’avais créé dans le seul but de réconforter mon cœur d’enfant brisé par les coups et les pleurs. J’avais appris au fil des années que les miracles n’existaient pas. Si on souhaitait quelque chose, si on désirait voir nos rêves, nos vœux se réaliser, il suffisait de se lever et de se battre, quitte à affronter des légions d’obstacles toujours plus abominables et redoutables. La voilà la vérité la vraie. Il n’y a pas de dieu. Il n’y a pas d’ange. Seulement nous, foutus hominidés, ne sachant que répandre le mal sur cette terre, ne connaissant que la souffrance et le désespoir. Nous sommes tous égoïstes, nous n’avons aucune pitié pour quiconque s’interposant dans nos objectifs. Ce sol avait absorbé année après année des litres de ce liquide carmin coulant dans nos veines à tous. Ça n’allait pas s’arrêter là. Tant que les homonculus existeront, tant que l’armée sera toujours dirigée par un homme insensible et cruel, Amestris ne sera pas en paix. En fait, ça ne s’arrêtait pas qu’à eux. Les ordures comme celles composant ma famille et celle de ma petite Melyhanna en faisaient partie. Un jour ils allaient payer pour les méfaits commis.
Effectivement, je ne croyais pas au destin. J’allais tracer ma propre route déjà jonchée de centaines de cadavres pour atteindre mon but. Quel but au juste ? Retrouver ma sœur. Mais que ferais-je lorsqu’elle sera devant moi ? Cela signifiera que j’aurais réussis. Je n’aurais donc plus aucun objectif… à moins que j’accepte la proposition de Greed et que je l’aide à renverser cette armée corrompue jusqu’à la moelle. Longtemps j’y avais repensé, longtemps j’avais remis ma décision à plus tard. Pourquoi y repensais-je alors que j’étais là, devant mademoiselle Volonski, ses mains avec violence sur ce pauvre bureau de bois, son regard dur, sévère me toisant de plus belle ? Cette visite dans ce vaste bâtiment devenait plus qu’une simple visite pour un entretien d’embauche. Elle devenait une véritable prise de conscience, permettant à un voile que j’avais négligemment posé sur mes pensées refoulées de se lever, comme le rideau rouge d’une scène théâtrale dont seule ma personne était spectatrice. La violence avait toujours fait partie éminente de ma vie, tout comme le meurtre qui s’en était accaparée une grande partie…


« "Relever de nouveaux défis" ?! répéta-t-elle d'une voix tonitruante. Ce sont là tes motivations ? Tout ceci n'est pas un simple jeu. Je ne sais pas si tu mesures les conséquences de tes actes, et encore moins de ta présence ici. Tu te rends bien compte de ce que cela signifie. Tu ne pourras plus revenir en arrière. Tu seras condamnée à jamais à souffrir une vie de violence et de désespoir. Est-ce réellement ce que tu veux ? »

Le meurtre ne me dérangeait pas, tant qu’il soit commit pour des raisons que je décrète justes. Tuer des criminels ? J’étais prête à y passer ma vie. Je ne pouvais plus le cacher, je prenais un certain plaisir à tuer par le passer. Avec le temps, je m’étais adoucie. Un peu trop adoucie, j’en devenais faible. Depuis ce fameux jour où Jasdero et moi nous étions lancer dans une petite course poursuite dans ces lieux ayant autrefois été le quartier général de l’organisation de mon oncle, je ne cessais de recasser cette phrase qu’elle m’avait lancée alors que je tentais de m’éclipser, loin du combat qui n’allait tarder à éclater entre Greed et les militaires. « T’essayes encore de te faire la belle, Hasashi ? Tu n’en as donc jamais assez de fuir ? Ta fierté doit en prendre un coup, non, à chaque fois que tu quittes le combat ? Je ne sais pas si tu aurais fait un bon effectif dans l’Armée. Mais de toute manière, je ne pense pas que tu comptes t’y engager. » Telles ont été les paroles d’Aisya Jasdero, à présent gravées dans ma mémoire. J’avais passé ma vie à fuir, certes, mais j’avais, à un certain moment, appris à affronter le danger. Voilà ce que je comptais faire si j’arrivais à décrocher cet emploi. Ne plus fuir, prendre les devants. J’étais plus motivée que jamais. La Red Corporation présenterait un nouveau chapitre, un nouveau jour de ma vie. Cette idée me plaisait. Le fait de me prouver que je n’étais pas faible, de le trouver à Jasdero, à tous ceux qui me sous-estimait et surtout à cette fichue famille qui pensait qu’une fille ne pouvait rien faire de bien autre que de créer une descendance mâle et garder le foyer.
Perdue dans mes pensées, j’avais entendu la voix de Florinda Volonski de loin, très loin, comme si elle n’était pas devant moi, mais bien dans une pièce adjacente. Ses paroles n’arrivent qu’à me soutirer un sourire rempli de malice. Je savais bien que je m’embarquais dans quelque chose de sérieux. Encore plus sérieux que l’ancienne organisation de mon oncle. Je ne serais pas soumise par la crainte de retourner au foyer familial, ni par celle d’être dénoncer à l’armée, me forçant ainsi à obéir aux ordres. Si je me pliais devant la Red Corporation et sa dirigeante, si j’obéissais aux ordres, ce ne serait que par choix, rien d’autre.
Les bras tendus devant elle, vers cette fenêtre étant close quelques instants plus tôt, mademoiselle Volonski contemplait ce magnifique paysage qui s’offrait à elle tous les jours. La légère brise du vent s’engouffra dans la pièce et effleura doucement mon visage, comme une caresse. Je l’observais avec attention, plongée dans une sorte de transe où mon regard ne voulait se poser nulle part ailleurs.


« Central City est mon empire. Un empire que j'ai soumis par la force durant ces sept dernières années. La Red Corporation est bien plus complexe qu'elle n'y paraît. Son statut de fournisseur d'armement n'est qu'une façade rutilante pour mieux cacher sa part d'obscurité. Mais je ne t'apprends rien. Tout est fait d'obscurité. »

Tout humain possède une part d’ombre. Parfois, elle était seulement bien cachée alors que dans d’autres cas, elle semblait prendre toute la place, écrasant brutalement la part de lumière. Rien n’était tout noir, rien n’était tout blanc. Je détachais mon regard de la femme, l’espace de quelques secondes, alors que sa voix avait cessé de résonner dans son vaste bureau.

« Tu penses être à la hauteur de ce fardeau ? Dans ce cas, prouve-le-moi. »

Elle était toujours dos à moi lorsque je me levais. Je gardais le silence un court moment, réfléchissant à un moyen de lui prouver que je pouvais être à la hauteur. Affronter l’un de ses subordonnés lors d’un combat au corps à corps ? Non, c’était absurde. Pourquoi ne pas éliminer un ennemi un peu trop gênant ? Non plus… Je ne pouvais me résigner à simplement parler de mon passé. Cependant, je me disais que ma chère Mely avait raison sur ce coup-ci, que la vérité était la meilleure solution. Et puis, qu’est-ce que j’avais à perdre ? Je vivais sous un faux nom, Ayame Hasashi n’étant qu’une gamine évaporée dans la nature depuis des années. Qu’elle décide de me dénoncer ou non, ça ne changeait rien pour moi… ou presque. Cependant, je savais qu’elle ne le ferait pas. Elle n’avait aucune raison de le faire.

-Connaissez-vous un certain Takuya Hasashi ? Un homme d’affaire qui cachait bien des choses derrière ce qui semblait être une entreprise bien ordinaire. Trafic de drogue, agence d’escortes, fraudeurs, voleurs et… tueurs. Voilà ce qu’il cachait. Vous savez comment je le sais ? Je travaillais pour lui. J’ai été entrainée comme tueuse à gage alors que je n’étais âgée que de dix petites années. J’ai enchainé entrainement sur entrainement, que ce soit avec des armes à feu bien communes, des armes de précision, des armes blanches ou bien au combat au corps à corps. Par la suite, j’ai enchainé meurtre sur meurtre… tuant la pire vermine de Central.…

Je pris une courte pause avant de continuer. Je ne pensais pas que les mots sortiraient aussi facilement de ma bouche. J’avais eu l’impression de réciter un texte longuement étudier, mais avec de l’émotion, avec le sentiment d’être défiée et de répondre à cette épreuve. Ce n’était peut-être que des mots, mais c’était la vérité, tel qu’elle était. Cependant, j’allais omettre de parler de ma trahison conduisant à l’arrestation d’une centaine de criminels ainsi que de mon oncle. Allait-elle croire que je pourrais la trahir par la suite ? Ce n’était pas mon intention, loin de là, car je m’embarquais volontairement dans ce monde que je connaissais déjà. Je posais un poing sur ma hanche, ne supportant plus avoir les bras ballants, de chaque côté du corps. Posant ma paume ouverte sur une surface visible du bureau de bois, je tentais de percevoir une réaction quelconque de Florinda Volonski.

-Vous comprendrez donc, mademoiselle Volonski, que ce fardeau, je l’ai déjà connu. J’ai passé ma vie entière dans un monde de violence et je ne crois pas que quelques gouttes de sang pourront m’effrayer si facilement. Je suis venue ici en parfaite connaissance de cause et je compte bien faire mes preuves. Après tout, les gestes valent parfois mieux que les paroles, non ?

Ces dernières paroles étaient prononcées sur un ton de défi. C’était maintenant à elle prendre une décision, j’avais dit tout ce que j’avais à lui révéler. J’étais prête à quitter ce bureau à présent, mais je cru bon de rester là où j’étais, attendant une réponse de sa part. Je me redressais et portait cette main que j’avais posé sur le bureau le long de mon corps. J’étais plus que sérieuse en ce moment et j’aurais bien du mal à comprendre les raisons qui la pousserait à ne pas m’offrir cet emploi. Au final, quel allait être sa réaction à tout cela ? Elle semblait être une femme dure, un brin colérique et surtout, impitoyable. Fera-t-elle preuve de clémence et me donner ma chance ?


Dernière édition par Ayame Hasashi le Mar 16 Aoû - 23:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Lun 27 Déc - 18:59

« La vie est un miroir
Dans lequel l'homme n'est jamais
Que le reflet de lui-même. »


    La fraîche brise du soir naissant flattait le visage profondément apaisé de Florinda Volonski, comme si tout cela n'était qu'un mauvais rêve duquel elle pouvait encore se réveiller. Dominant ainsi la capitale et ses immeubles à la hauteur grandiloquente, elle se remémora les paroles qu'elle venait tout juste de servir à son interlocutrice sur un plateau d'argent. "Central City est mon empire." Certes. Et elle devait bien avouer en tirer une certaine satisfaction. Pourtant, cet empire n'avait bel et bien rien de reluisant. Sa part d'ombre envahissait la plupart du temps la lumière. Trafics en tout genre, vandalisme, racolage, violence de bas-étage, extorsion de fonds, blanchiment d'argent, assassinats modestes, meurtres bruyants dévoilés au grand jour ... Tous ces vestiges de violence à outrance étaient de coutume au sein de la capitale. On ne voyait toujours que l'aspect émergé de la toile, sans chercher à gratter la couche de vernis afin de finalement découvrir que tout ce que l'on avait cru bon jusque-là, toute cette beauté, cette perfection n'était qu'un artifice bien rutilant, une illusion destinée à nous cacher la plus sombre vérité. Florinda n'avait jamais ignoré cela, elle baignait dedans depuis toujours. On avait cherché à l'éloigner de la face sombre du monde, alors qu'elle était enfant, mais elle s'en était bien vite rendue compte par elle-même. A défaut de trouver du blanc et du noir bien distincts l'un de l'autre, il n'y avait que des nuances de gris. Un monde de grisaille, de tristesse, où la désillusion s'élevait en souveraine. Alors, pour échapper à toutes ces conventions stupides, elle ouvrait souvent la fenêtre. Et par ce simple geste qui ne lui coûtait pas le moindre effort, elle se sentait libérée de l'oppressante société dans laquelle elle se voyait forcée d'évoluer chaque jour. Libérée de ses accablantes responsabilités. Libérée des horreurs de cette rude existence, et, en quelque sorte libérée de la monotonie qui s'était si aisément accaparée de son quotidien terne. Par cet acte qui paraissait si anodin, elle se défenestrait presque, sans pour autant devoir en mesurer les conséquences. Elle plongeait dans le vide, en quête d'absolu, tandis que la chevelure blonde qu'elle chérissait tant durant son enfance s'entremêlait à la bourrasque, tourbillonnant avec une ardeur et une volupté bouleversantes. De cette manière, la jeune femme renouait comme qui dirait avec la fervente militaire pleine d'idéaux qu'elle était encore il y avait sept ans de cela. Celle là-même qui savait profiter de l'instant, et qui n'avait de cesse de revendiquer sa liberté. Mais la fougue de la jeunesse avait fini par s'étioler, en partie à cause du temps, mais surtout à cause des épreuves qu'elle avait endurées malgré elle. Cette vigueur étincelante avait laissé place à de la sagesse, de la patience -dans une certaine mesure-, et toujours un bon lot de persévérance. Au fond, rien n'avait changé. Florinda était la même jeune femme ; elle s'était juste contentée d'enfouir ses chimères utopistes quelque part au fond d'elle-même. Et, se trouvant confrontée à cette adolescente qui prenait si savamment sa vie en mains, la dirigeante de la Red Corporation se mit à éprouver une étrange mélancolie. Réminiscence d'un passé pas si lointain. Comme elle aurait aimé rester cette jeune fille bourrée de détermination et si encline à s'approprier les choses de la vie ... Mais non. On ne luttait pas contre le temps, ni contre les maux. Manifestement, l'aigreur avait pris le pas sur le reste.

    Derrière elle, Florinda perçut le frottement quasiment sourd de la chaise contre le parquet, signe que la jeune Hasashi avait quitté son siège. Elle pouvait l'interprêter de deux manière, à priori. Soit celle-ci s'était résignée suite au discours de la jeune femme, et avait pris la sage décision de quitter les lieux -ce qui, soit dit en passant, aurait certainement arrangé les affaires de la matriarche-, soit elle s'apprêtait, au contraire, à lui prouver qu'elle avait tort, à lui montrer ce qu'elle désirait voir ou entendre depuis le début. Fatalement, la jeune femme opta pour la deuxième option. Sans vouloir surestimer la résolution ainsi que la témérité de l'adolescente, elle était intimement convaincue qu'elle n'était pas du genre à reculer devant ce genre de formalités. Après tout, elle l'avait elle-même laissé entendre ; elle aimait "relever de nouveaux défis". Et Florinda devait l'avouer, elle était plutôt curieuse de voir quelle allait être la réaction de son interlocutrice. Comment allait-elle répondre aux provocations de son aînée ? Se montrerait-elle véritablement à la hauteur de ce qu'elle attendait ? Seules les quelques minutes qui allaient suivre fourniraient la réponse aux questionnements de la jeune femme. Et étrangement, en son for intérieur, elle savait qu'Ayame ne la décevrait pas. Peut-être parce qu'elle avait trop tendance à assimiler cette jeune fille à celle qu'elle avait été. Auquel cas elle ne pouvait se décevoir de son propre fait. Quoi qu'il en fût, la dirigeante de la Red Corporation ne daigna pas se retourner, ni même jeter un regard en arrière. Elle savait que si elle venait à le faire, elle parviendrait à décrypter les sentiments de son interlocutrice en un rien de temps. Au fil du temps, elle avait appris à s'informer d'un regard, d'un geste, ou même d'un tic nerveux. Elle accordait de l'importance à tout ce qui pouvait lui fournir quelque information sur l'individu qui lui faisait face. Et en sachant cela, quelle aurait été alors la surprise ? Quelle satisfaction aurait-elle pu en tirer ? Aucune. Pour cette raison, elle ne voulait pas se retourner. Elle ne voulait pas savoir de quel feu brûlait la lueur au fin fond des prunelles d'Ayame. Elle désirait ardemment entendre sa voix s'élever, briser le silence avec engouement, dissiper les doutes qui l'assaillaient. Et, en effet, elle ne tarda pas à s'exécuter. Un instant prévisible, mais néanmoins savoureux.

    « Connaissez-vous un certain Takuya Hasashi ? Un homme d’affaire qui cachait bien des choses derrière ce qui semblait être une entreprise bien ordinaire. Trafic de drogue, agence d’escortes, fraudeurs, voleurs et … tueurs. Voilà ce qu’il cachait. Vous savez comment je le sais ? Je travaillais pour lui. J’ai été entrainée comme tueuse à gage alors que je n’étais âgée que de dix petites années. J’ai enchainé entrainement sur entrainement, que ce soit avec des armes à feu bien communes, des armes de précision, des armes blanches ou bien au combat au corps à corps. Par la suite, j’ai enchainé meurtre sur meurtre … tuant la pire vermine de Central ... »

    Florinda écouta ce qu'Ayame avait à lui dire dans un profond recueillement, les bras croisés avec une certaine fermeté, le regard perdu dans le vague, immobile comme le grand chêne que rien ne semble capable d'ébranler. Et, tandis qu'elle l'écoutait, elle se figura ce dont elle avait pensé quelques instants plus tôt. Cette gamine avait en effet dû connaître un bon nombre d'atrocités pour se présenter à la Red Corporation avec une telle désinvolture. Voilà qu'elle apprenait désormais qu'elle avait été formée au métier d'assassin depuis son plus jeune âge. Elle faisait partie de ces enfants que la vie avait lésé, ces enfants qui n'avaient hélas pas pu goûter aux plus tendres moments de leur existence. L'innocence était bannie du monde dans lequel évoluait la jeune Hasashi depuis toujours. Florinda était bien placée pour le savoir. Si Ayame s'était soumise à l'autorité de son oncle, Florinda, quant à elle, s'était battue pour soumettre sa propre autorité dans les bas-quartiers de North City. Elle avait elle-même été privée de ces moments privilégiés qu'elle aurait pu connaître si elle n'avait pas perdu tragiquement tous les membres de sa famille. Elle aurait alors peut-être pu connaître le bonheur, et suivre un autre chemin. Ou peut-être que suivre les traces de son père était profondément ancré dans les tablettes de sa destinée, bien qu'elle ne crût pas une seule seconde à la destinée et à toutes ces absurdités. Lorsqu'elle se souvenait de son enfance passée à North City, à écumer les ruelles d'asphalte glacé en perpétuelle quête de décadence, elle n'y entrevoyait qu'un intense sentiment d'amertume qu'elle était bien incapable de réprimer. Et, malgré le fait qu'elle eût préféré oublier tout cela, toute cette noirceur qui emplissait son âme déjà bien souillée, elle ne pouvait simplement pas chasser ces souvenirs d'un revers de la main. Ces souvenirs revenaient toujours à la charge, avec la même apreté, intempestivement, inexorablement. Elle se contentait dès lors de vivre avec, et de s'en servir pour se persuader que cela l'avait assurément renforcée. Car, elle se souvenait bel et bien de tout, avec une terrifiante exactitude. Elle se rappelait les longues soirées d'hiver durant lesquelles elle tentait désespérément de ne pas s'abandonner au sommeil, allongée dans une quelconque ruelle sombre et étroite des bas-quartiers, à même le sol, tout en sachant que si elle faisait l'erreur de fermer un oeil, elle ne reverrait sans doute jamais la lueur du jour. Elle se rappelait le fracas des os brisés sous l'impact de sa barre de fer, son arme de prédilection, de ces mômes à peine plus âgés qu'elle qui hurlaient à la mort, la suppliaient d'arrêter, avant de rendre leur dernier souffle, les yeux révulsés, le corps en vrac, la moindre parcelle de peau rougie par leur propre sang. Elle se rappelait de la drogue échangée dans l'ombre d'un bar miteux, de la chaleur moite qui la faisait suffoquer, des mauvais deals qui lui attiraient les foudres des toxicomanes, d'ailleurs, ceux-ci ne se gênaient jamais pour prendre leur revanche et lui rendre la monnaie de sa pièce. Elle se rappelait de la pauvreté, de la faim, du dénûment dans lequel elle avait alors été plongée. Elle se rappelait de mille et une autre choses qu'elle préfèrait ne plus jamais évoquer, par opprobre, certainement, mais aussi par peur de voir remonter à la surface ses chocs traumatiques passés. Son corps avait été un objet, un objet qu'elle avait été incapable de contrôler. Comme si elle s'était à l'époque déconnectée, comme si son âme s'était séparée de son corps, fatiguée de lutter sans cesse.

    De ce fait, Florinda comprenait mieux ce qui animait Ayame. Elle avait, elle aussi, traversé des épreuves qui l'avaient somme toute renforcée. Elle avait été utilisée par son oncle, un petit mafieux notoire dont la jeune femme avait vaguement entendu parler, comme un vulgaire objet juste bon à tuer. Son corps était devenu une arme destructrice sans qu'elle eût pour autant son mot à dire. Triste destin pour une enfant. Et, aussi sévère qu'elle pût paraître, Florinda savait se montrer compréhensive. Bien entendu, elle n'allait pas compatir, car ce n'était pas de la compassion qu'elle ressentait. Elle comprenait, voilà tout. Aucun bon sentiment n'entrait en jeu. Lorsque l'on connaît le désespoir dans sa vie, lorsque l'on en vient à se demander si notre existence à un sens, il y a toujours un moment propice à la rebellion, où quelque chose se met soudainement à nous apparaître comme une évidence, où l'on prend conscience qu'il nous faut nous sortir de l'impasse au plus vite. La jeune Hasashi semblait avoir pris conscience de cela, bien que la jeune femme ignorât tout de la nature de l'élément déclencheur de cette soudaine prise de conscience. Le fait était qu'elle se trouvait là, dans son bureau, qu'elle cherchait à prendre sa revanche sur la vie, et que la seule personne qui était actuellement capable de la sortir des ténèbres n'était autre que Florinda Volonski. Tout ce qu'elle avait à faire était lui tendre la main, ou du moins, lui tendre un doigt. A l'époque de cette prise de conscience, la jeune fille qu'était Florinda s'était présentée au concours d'alchimiste d'Etat, en plein coeur de la capitale. On lui avait offert une chance de se refaire, de recommencer sa vie sur une route moins cahoteuse, de renaître, en quelque sorte. Elle y avait vu une véritable consécration, un moyen de racheter ses fautes passées, ou si ce n'était de racheter ses fautes, de rattrapper ce temps perdu à errer dans l'ombre de North City, avec pour seul objectif d'achever de se détruire chaque jour un peu plus. Il fallait, d'une façon ou d'une autre, réparer ce qui s'était brisé en elle. Et c'était ce qu'elle avait tenté de faire, envers et contre tout. Elle n'avait pas toujours réussi, bien évidemment, d'autres choses s'étaient même parfois brisées en son for intérieur, notamment lorsqu'elle pensait à Ishbal. Mais elle n'avait aucun regret. S'il y avait bien une chose qu'elle s'était promis de ne jamais éprouver, c'était bel et bien le regret. L'un des plus francs signes de faiblesse, selon elle. Finalement, les yeux bleus de Florinda glissèrent en arrière, à la dérobée, et se posèrent sur cette jeune blonde qui, pleine de vigueur, de talent et d'ambition, avait vaillamment déposé sa main sur le bois palpitant. La main grande ouverte, comme pour parvenir à recueillir quelque chose. De l'espoir, peut-être. L'évidence s'imposa d'elle-même. Plus l'entretien durait, plus cela lui paraissait évident. Ayame n'était autre que son reflet.

    « Vous comprendrez donc, mademoiselle Volonski, que ce fardeau, je l'ai déjà connu. J'ai passé ma vie entière dans un monde de violence et je ne crois pas que quelques gouttes de sang pourront m'effrayer si facilement. Je suis venue ici en parfaite connaissance de cause et je compte bien faire mes preuves. Après tout, les gestes valent parfois mieux que les paroles, non ? »

    Un sourire presque imperceptible vint étirer les lèvres carmins de la jeune femme, tandis qu'elle se retournait enfin pour faire face à son interlocutrice, plantant son regard d'acier dans le sien. Elle appréciait son franc-parler. La vérité, quelle qu'elle fût, était toujours bonne à prendre. Bien entendu, loin d'elle l'idée de le lui faire entendre, ou de flatter son ego d'une quelconque manière. Elle cultivait une sainte horreur des compliments, qu'elle en donnât ou qu'elle en reçût. A ses yeux, ils n'étaient faits que pour les faibles en mal de confiance en eux-mêmes. Dans ce milieu, on ne pouvait se permettre de ne pas se faire confiance, ni d'avoir foi en ses propres aptitudes, auquel cas, on perdait trop facilement la face. Les flagorneurs ne méritaient pas le moindre traitement de faveur, bien au contraire. Elle ne prônait pas pour autant l'orgueil, ou la surestime de soi, non, loin de là. Elle pensait seulement qu'énoncer toute l'ampleur de ses capacités, avec humilité, à l'image de simples faits, valait mieux que tout autre comportement. Quoi qu'il en fût, Florinda se trouvait dorénavant confrontée à un choix qu'elle se devait de prendre rapidement. Ayame, en lui énonçant ses antécédents, n'avait pas cherché à l'apitoyer ; de toute manière, susciter la pitié chez un être aussi froid que Florinda Volonski aurait été une monumentale perte de temps. Non, elle lui avait tout simplement prouvé qu'elle connaissait ce milieu, qu'elle savait vers quoi elle se dirigeait, qu'elle n'avait pas froid aux yeux. Et, mieux encore, elle lui avait vanté ses capacités de tueuse à gages avec brio. Voilà ce qui acheva de convaincre Volonski, qui, à la fois résignée et lassée de cet entretien, s'autorisa à pousser un long soupir, comme pour montrer que sa décision l'ennuyait en quelque sorte.

    « Tu as raison, les actes sont nettement plus valorisants que quelques paroles en l'air. Dans ce cas, soit, je m'engage à tolérer ta présence au sein de la Red Corporation. Mais ne t'avise pas de me décevoir. Je ne me montrerai pas plus tolérante avec toi qu'avec n'importe quel autre de mes subordonnés. Si tu commets la moindre erreur, je serai intransigeante. J'imagine que tu comprends ce que cela veut dire ... susurra-t-elle avec dédain, tout en farfouillant dans l'un de ses tiroirs, duquel elle sortit un revolter qu'elle pointa nonchalamment sur la jeune fille, comme si de rien n'était. Cela signifie que je n'aurai aucune pitié à te supprimer. Et je serai ravie de le faire de mes propres mains. »

    A ces mots, Florinda esquissa un sourire tout à fait glaçant, à la fois très cruel et profondément cynique. Elle venait en quelque sorte, d'une façon qui sortait de l'ordinaire, de souhaiter la bienvenue à sa jeune recrue. Mais elle avait ce sentiment étrange que celle-ci se montrerait à la hauteur, malgré tout. Que tout ce qu'elle avait vécu lui avait servi de leçons.

    « Allez, hors de ma vue. Tu m'as suffisamment fait perdre mon temps en élucubrations », marmonna-t-elle avant d'agiter brièvement la main en direction de la porte de son bureau.

    Au final, cette corvée n'avait pas été aussi infructueuse qu'elle ne l'avait pensé.
    Et, au fond d'elle-même, elle se dit que ce jour précis était véritablement l'aube d'un nouveau jour.
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MessageSujet: Re: L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]   Mer 19 Jan - 13:03

Combien de temps s’était écoulé depuis mon entrée en ces lieux ? Je pouvais, dans tous les cas, constater que les ténèbres s’emparaient de la ville. Cependant, un certain laps de temps avait dû s’écouler alors que je fixais la dirigeante de la Red Corporation. Son regard froid et sévère et ferait peut-être flancher plus d’un, mais pour moi c’était différent. Me venait plutôt l’envie de me surpasser et de lui montrer de quoi j’étais capable. Loin de là l’idée de m’écraser à ses pieds pour la supplier de me donner cet emploi. Je savais d’avance que le travail serait plus ardu que celui auquel j’avais été confrontée lors des sept dernières années de ma vie. C’était donc une occasion pour moi de me remettre à l’entrainement et de repousser mes limites, comme je l’avais toujours fait. Le silence régnant dans ce grand bureau fut finalement interrompu par la femme qui laissa échapper un long soupire. ! Quoi !? Je l’ennuyais tant que ça ?! Alors, qu’est-ce que ça voulait dire ? Qu’elle ne me donnerait pas cet emploi ? Non mais je rêve ! Je devais me tromper, ça ne pouvait pas être ça. Quelque chose me disait que ça ne pouvait être possible, que j’aurais cet emploi, peu importe ce qui se passerait. Et puis, si finalement la réponse était négative… qu’est-ce que je ferais ? J’avais bien un travail dans un bar que je souhaitais quitter le plus rapidement possible. Devrais-je le garder ? À moins que je ne réussisse à trouver autre chose… Ma principale raison d’avoir postuler ici était loin d’avoir rapport avec l’argent. Cependant, je ne pouvais pas me cacher que j’en avais besoin pour m’occuper de Melyhanna, ma jeune protégée.

« Tu as raison, les actes sont nettement plus valorisants que quelques paroles en l'air. Dans ce cas, soit, je m'engage à tolérer ta présence au sein de la Red Corporation. Mais ne t'avise pas de me décevoir. Je ne me montrerai pas plus tolérante avec toi qu'avec n'importe quel autre de mes subordonnés. Si tu commets la moindre erreur, je serai intransigeante. J'imagine que tu comprends ce que cela veut dire ... Cela signifie que je n'aurai aucune pitié à te supprimer. Et je serai ravie de le faire de mes propres mains. »

À ma plus grande joie, je découvrais que j’avais enfin ce job. J’étais vraiment ravie. Ces mots n’étaient pas assez forts pour décrire ma joie en fait. Ravie, heureuse, joyeuse, choisissez le mot que vous voulez, ça ne décrivait pas suffisamment ce que je ressentais. Je ne dirais pas que je suis joyeuse au point de sauter au plafond. Toute cette joie était intérieure et le resterait. Surtout devant mademoiselle Volonski. Je me contentais d’esquisser un sourire satisfait en sa présence. Ce sourire ne disparaissait pas, malgré l’arme à feu qu’elle pointait en ma direction. Elle ne comptait pas tirer, je le savais. Alors, à quoi bon chercher à me défendre ou me protéger ? J’aimais bien le fait qu’elle soit claire avec ses attentes. Ainsi, je les respecterais en toute connaissance de cause. Je ne me permettrais pas d’erreur. Elle allait bien voir de quoi j’étais capable.

« Allez, hors de ma vue. Tu m'as suffisamment fait perdre mon temps en élucubrations »

Sans plus attendre, je me redressais et tournais les talons, me dirigeant vers les grandes portes de la pièce. J’étais plus que satisfaite. Maintenant, il fallait que je sois à la hauteur de ce travail qui m’était confié. Mes talons claquaient sur le parquet fraichement lavé et la porte s’ouvrit sans un bruit lorsque j’actionnais la poignée. Avant de sortir, je tournais la tête vers le bureau de Florinda Volonski. Cette dernière devait avoir beaucoup de travail à effectuer. Diriger une telle entreprise devait demander énormément d’efforts. Inutile de lui faire perdre d’avantage de temps maintenant que j’avais ce que je désirais.


-Au plaisir de vous revoir… mademoiselle.

Je sortais de la pièce et refermais la porte derrière moi, sans un bruit. Par la suite, j’empruntais le chemin, en sens inverse, que j’avais parcouru en arrivant en ces lieux. Je fus soulagée de parvenir rapidement à l’extérieur où le vent frais caressait doucement ma peau. Levant finalement la tête vers le soleil qui avait pratiquement disparu, je me mis en marche et me dirigeais vers mon domicile. Demain, sera le début d’un nouveau chapitre de mon existance.
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L'aube d'un nouveau jour. [Pv : Ayame]

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