Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)



 
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 Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)

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Sander Heslop
Citoyen d'Amestris

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MessageSujet: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Mer 27 Nov - 18:07

Les couloirs étaient noirs et la décoration spartiate. Cette aile du QG de Central n'était pas particulièrement chaleureuse. Le Lieutenant-Colonel Heslop marchait d'un pas énergique, pestant au fond de lui. Il devait rendre un formulaire sur ses activités scientifiques pour qu'on renouvelle ses fonds. Ok, travailler sur les polymères à application militaire, ça ne faisait pas rêver les foules...mais s'il voulait conserver sa chaire à l'université de South City et ses financements, il devait rendre son dossier à temps. Dura lex...sed lex. L'armée n'était pas réputée pour sa patience et son efficacité administrative. Sander avait donc du prendre plusieurs heures pour se rendre au bureau qui gérait le renouvellement des fonds scientifiques. Croisant peu de personnes dans ces sous-sols morbides, l'officier avait accéléré le pas. Son uniforme bleu impeccable et son brassard blanc étaient l'apanage de la police militaire. Les enquêtes ne manquaient pas, et Sander devait partager son temps entre ses activités scientifiques et militaires...bref, cela n'était pas de tout repos et pourtant il fallait s'en accommoder. La casquette à visière de cuir bien enfoncée sur le crâne de Sander cachait son imposante chevelure négligée et son manteau long lui donnait une carrure plus importante qu'il ne possédait. Le bruit de pas cadencé des bottes de Sander retentissait dans les couloirs, il portait un imposant dossier sous son bras.

Il était enfin arrivé, un petit bureau obscur dont personne ne se souciait et qui répondait au doux nom de « bureau numéro B8 », le nom était peint en lettres d'imprimeries sur une porte au teint passé.

Charmant !


Rien que venir ici était une corvée sans nom pour tous les scientifiques qui n'étaient pas alchimistes d'état (eux passaient un examen évalué par un jury spécial). Il fallait à chaque fois se prêter au cirque administratif. Fort heureusement, cette fois, Sander s'y prenait à l'avance. Une fois entré dans le bureau, l'officier se débarrassa de sa casquette et de son manteau sur un porte-manteau et attendit, signalant sa présence à la secrétaire. La salle d'attente était déserte et Sander entreprit d'abord de relire ses notes puis d'annoter certains passages pour les rendre plus compréhensibles. L'attente dura bien une heure avant qu'une secrétaire géante et bien charpentée sorte du petit bureau et vienne chercher Sander avec l'amabilité d'un gardien de camp de réfugié Ishbal. La grosse bonne femme lançait des regards suspicieux au Lieutenant-Colonel, le type de regard qui aurait pu faire culpabiliser un Saint. La matrone portait un uniforme bleu, comme la plupart du personnel administratif militaire, elle était si large que l'officier se fit la remarque qu'il n'avait jamais vu d'uniforme à cette taille...probablement fait sur mesure aux vues de l'engin qui le portait. La grosse femme rousse portant un chignon droit sur la tête s'assit derrière son imposant bureau sur lequel était précisé « direction supérieure scientifique de l'armée d'Amestris ». Un nom bien pompeux pour une grosse bonne femme qui avait droit de vie et de mort sur les projets scientifiques des militaires d'Amestris, les projets devaient passer son filtre avant d'être examinés par une communauté de spécialistes.

« Lieutenant-Colonel Sander Heslop...né le 21 Décembre 1875 à South City. Vous travaillez actuellement à la section d'investigation de la police militaire. Vous demandez des fonds pour vos recherches, c'est ça ? »


Sander acquiesça...pourquoi voulait-elle qu'il vienne la voir si ce n'était pour demander des fonds pour ses recherches ? Il venait ici tous les ans, l'employée avait changé, les restrictions budgétaires exigeaient visiblement l'embauche d'une secrétaire encore plus antipathique et avec un esprit encore plus étriqué.

« J'ai votre formulaire ici, c'est le formulaire 414-F, vous vous êtes trompé en le remplissant, ici nous sommes dans la section scientifique, vous êtes un policier militaire, vous devez passer au bureau 19-A, au bout du couloir. »


Se fichait-elle de lui ? Sander lui-même n'était pas sûr de tout comprendre, la femme venait de lui dire qu'il n'était pas habilité à demander des fonds. Quelle guigne, visiblement il n'était pas tombé sur la plus maligne du groupe.

« Mes excuses, madame, mais je dois apporter quelques précisions, je suis policier militaire mais j'ai l'autorisation de me consacrer 20 % de mon temps à la recherche scientifique. »

« Quel est l'intitulé de vos recherche et que faites vous ? »


« Je suis dans la section de physique appliquée, je travaille sur les polymères. »


« Lieutenant-Colonel Heslop, votre formulaire est celui d'un policier militaire, je ne peux accéder à votre requête, nous recevons des scientifiques ici. »

Sander resta quelques secondes interdit. Qu'avait-il dit de difficile ? Qu'était le problème dans sa phrase ? Cette bonne femme lui courait sur le système.

« Mais puisque je vous dit que je SUIS de la police militaire...mais j'ai également des fonctions scientifiques. Je fais partie des officiers spécialisés. Regardez mon dossier, vous avez tout, également mes habilitations en matière d'alchimie. »

« Donc vous êtes un alchimiste, c'est probablement pour ça que vous n'êtes pas référencés, les alchimistes d'état doivent passer un examen spécifique au bureau de... »


« Non non...on oublie tout. Je ne suis pas alchimiste d'état non plus, je vous répète, j'ai un statut d'officier spécialisé ! »


« Je regrette, Lieutenant-Colonel Heslop, mais vous êtes dans le registre référencé comme un policier militaire...le dossier ne fait pas mention de vos habilitations. »

Sander ne savait plus s'il devait rire ou pleurer. La bataille administrative venait de commencer. Soupirant d'exaspération, il fixa la femme droit dans les yeux. Il se sentait comme le Capitaine Akhab face à Moby Dick, mais face à une baleine surmontée d'une coiffe rousse.

« Ecoutez Madame, je vous prie de m'excuser mais je vais vous demander de faire un petit effort...faites moi confiance et envoyez ce dossier à la commission qui évalue les travaux de physique...ils me connaissent bien. »

« Je regrette, mais cette section ne s'occupe pas des policiers militaires, c'est une section scientifique. »


Sander était réellement consterné.

« MAIS PUISQUE JE VOUS DIS QUE JE SUIS UN SCIENTIFIQUE. JE SUIS AFFECTÉ A LA POLICE MILITAIRE MAIS JE CONSERVE MON HABILITATION DE RECHERCHE! CE N'EST PAS DIFFICILE A COMPRENDRE, ENVOYEZ CE FICHU DOSSIER A LA COMMISSION 52! »


« Il suffisait de vous exprimer correctement, calmez-vous monsieur, je vais traiter votre demande. »

Sander avait hurlé, elle l'avait poussé hors de ses gonds et tout le monde l'avait probablement entendu dans les bureaux adjacents. L'officier donna le dossier à la matrone et s'en alla, visiblement froissé par l'entretien. La grosse femme le suivit cependant, il n'en était pas débarrassé. Alors qu'il passait la porte, il vit une jeune femme qui sortait du bureau se trouvant à côté, probablement avait-elle déjà passé son entretien, à sa blouse, elle était une scientifique pure. Peu de chercheurs avaient la recherche pour activité principale au sein de l'armée, ou alors ils travaillaient sur des projets en vogue et étaient de véritables génies. La jeune femme portait d'ailleurs un formulaire de la section scientifique de l'armée, Sander aurait tué pour avoir un statut comme le sien. La grosse bonne femme avait suivi Sander et continuait son sermon.

« Mais vous comprenez, si j'en avais trente comme vous, je perds ma journée, c'est une honte...vous êtes référencé comme policier militaire mais votre dossier est scientifique, et en plus vous me criez dessus. »

L'officier soupira à nouveau, fixant la jeune femme, il ne pouvait se résoudre à laisser passer une telle chose, il devait refiler la patate chaude. Sander fixa la jeune femme et la prit à parti sans même la connaître.

« Les bras m'en tombent...écoutez expliquez lui vous parce que moi j'abandonne... »

Derrière cette attitude guillerette, quiconque aurait fouiné un peu dans les dossiers militaires reconnaîtrait Sander Heslop, un officier qui avait été traîné devant le tribunal de Central pour crime de guerre après la guerre d'Ishbal mais qui avait finalement été acquitté...devenu presque un héros local après son retour, certaines rumeurs, notamment chez les scientifiques qui le connaissaient bien, disaient qu'il avait fait massacrer tous les habitants d'un village...chose que l'armée avait toujours démentie.
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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Jeu 28 Nov - 15:41

    La matinée s'était écoulée bien lentement pour Lya. Elle avait dû en effet quitter son petit laboratoire douillet et ses chères recherches pour vagabonder dans les couleurs larges et lumineux des bâtiments administratifs. Elle avait là plusieurs tâches dont la première consistait à déposer les comptes rendus de missions que son supérieur hiérarchique avait négligé de remplir, mais aussi venir quémander de nouveaux fonds pour ses recherches.

    Et la tâche était de taille.
    Si le dépôt des dossiers se passa plutôt rapidement - l'unique évocation de la personne que cela concernait suffisait à calmer les ardeurs des fonctionnaires les plus déchaînés - la suivante se révéla plus complexe: il s'agissait en effet de remplir pléthore de papiers, et de faire le pied de grue dans une salle d'attente visiblement pas faite pour mettre le chaland à l'aise.
    Enfin, une fois perdues ces minutes, pour ne pas dire heures, précieuses qui seraient à coup sûre difficilement rattrapables par la suite, il fallait faire face à un gratte-papier gonflé d'orgueil, prêt à tout pour économiser le moindre centime utile.
    Bien entendu, il cherchait à comprendre le but de ses recherches, bien entendu, elle le perdait dans une explication longue et fastidieuse qui n'était, en aucun cas, destinée à lui fournir un quelconque éclairement de la situation. Lya noyait le poisson, retournait les choses et à la finale n'en faisait qu'à sa tête.
    Mais le gratte papier du jour semblait plus coriace et poussée dans ses retranchements, elle avait finit, non sans provoquer énervement chez le fonctionnaire, par se coucher à plat ventre sur le bureau afin d'atteindre le téléphone et appeler son supérieur hiérarchique direct afin qu'il débloque la situation.
    Cela le contrarierait, ho et puis tant pis, elle avait dû gérer son administratif, il pouvait bien lui donner un petit coup de main.

    La victoire fut durement acquise, elle ressortie plutôt agacée par cette rencontre.
    Déjà ses pensées se tournaient vers ses recherches, son laboratoire.... haaaa quelle joie que de les retrouver enfin et....

    « Les bras m'en tombent...écoutez expliquez lui vous parce que moi j'abandonne... »

    Elle tourna ses grands yeux cernés vers la personne qui venait de la tirer de sa douce rêverie, et du haut de son impressionnant mètre cinquante, nageant dans sa blouse trop grande qui lui donnait un air encore plus décharné, misérable et pauvre, elle lorgna la scène avec un air d'ennui.
    Lya ouvrit la bouche, puis la referma, considéra de nouveau la scène, passa de l'un à l'autre avec lenteur, puis finit par se tourner vers la grosse femme et lui dire sur un ton neutre aux teintes froides comme la glace:

    "Madame, ce zèle ne vous est guère habituel, chercheriez- vous à combler une quelconque erreur? ou bien craignez vous une notation si médiocre que cette fameuse mutation à North City se réaliserait enfin comme une prophétie tant attendue? "

    Ironique, froide et cassante, Lya sous ses airs de pauvre chose décharnée vivant dans un autre monde, avait les oreilles qui captaient tout, et aucune rumeur ne semblait échapper à son oreille experte.

    La grosse dame devint rouge tomate, elle allait ouvrir la bouche pour se défendre, mais le regard que lui lançait la petite chose était sans équivoque: sa réputation la précédait, et pis encore depuis qu'elle avait été contrainte d'assurer le remplacement du médecin ces derniers mois. Des bruits sur ses méthodes plutôt barbares et douloureuses circulaient dans les couloirs et déjà on frissonnait à l'idée d'aller demander une aspirine à l'infirmerie.
    Ho ça! il serait grand temps de songer à pourvoir ce poste vacant!

    Enfin, Lya tourna ses yeux épuisés sur l'officier :

    "Là, ça vous va comme explication?"



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Sander Heslop
Citoyen d'Amestris

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Dim 1 Déc - 16:06

La réponse de la petite jeune femme ne se fit pas attendre. Une réponse cassante, cinglante, que même Sander n'aurait pas osé formuler face à cette odieuse fonctionnaire. La jeune femme était bien plus jeune que Sander, d'au moins dix ans, même s'il était très difficile de lui donner un âge. Le fait qu'elle ne portait pas d'uniforme et cette blouse trop grande renseignait sur son activité de recherche à temps plein. Ils ne s'étaient jamais croisés et pourtant, elle faisait partie de la section de recherche. Cela n'était pas étonnant, le temps que passait Sander à la recherche était plutôt faible, la plupart du temps il occupait des fonctions d'officier. Des fonctions qui lui prenaient beaucoup de temps, des fonctions de policier militaire. L'uniforme bleu du Lieutenant-Colonel en disait long sur sa fonction, il était forcément au contact des hommes de troupe et les dirigeait, la troupe était en général peu encline à obéir à des scientifiques en civils. Lya, bien au contraire, était en blouse, une blouse qui avait vécu, vêtement ample qu'elle n'avait même pas pris la peine de quitter pour se présenter devant les fonctionnaires qui allaient évaluer son travail...probablement était-ce la marque du peu d'intérêt qu'elle accordait à la tâche purement administrative qui l'attendait. La manière avec laquelle elle avait répondu ne manqua pas de désarçonner le policier militaire. L'homme resta quelques dizaines de secondes à réfléchir, cette personne lui disait quelque chose. Oui, bien sûr, Lieutenant Lya Rozemberg, un des hommes de son équipe lui avait parlé d'elle car justement il avait eu à aller à l'infirmerie pour une rage de dent et c'était elle qui remplaçait le médecin. L'homme refusait d'aller se faire soigner car il avait entendu que cette jeune femme avait fait souffrir un de ses collègues. Etait-elle médecin ou scientifique ? Peut-être les deux, en tout cas, l'officier sourit car elle l'avait tiré d'un bon pas. La voix de Sander retentit alors...il avait lui-aussi un air fatigué avec ses cernes et ses cheveux un peu trop longs pour l'armée.

"Je vous remercie. Lieutenant Rozemberg si ce que je pense est exact. Je suis le Lieutenant-Colonel Sander Heslop, je fais partie de la police militaire mais mes recherches sur les polymères, bien qu'elles ne monopolisent pas la totalité de mon temps, m'obligent à passer par ici."


Si la jeune femme n'avait pas reconnu Sander Heslop, le nom était connu pour avoir été acquitté d'un procès de crime de guerre à Ishbal. Les juges avaient écrit un rapport selon lequel le Commandant Heslop (c'était son grade à l'époque), avait suivi correctement les ordres, certains disaient cependant qu'il avait fait massacrer un village entier et que ses méthodes à Ishbal avaient été totalement en-dehors de ce qui était permis par la guerre. La guerre, elle suivait toujours Sander, où qu'il aille, il y avait toujours quelqu'un pour lui rappeler qu'il avait fait Ishbal et qu'il était un de ces officiers dont on parlait à posteriori pour ce qu'il avait fait.

Flashback, sept ans plus tôt, cours martiale,

La salle était obscure, elle sentait le tabac et le renfermé. Ils étaient tous là, des officiers gradés, tous avec des diplômes de juriste. La salle était obscure et un rétroprojecteur qui faisait défiler les images. Les questions étaient simples, laconiques, une lumière éclairait Sander, son uniforme avait été débarrassé de ses décorations, comme pour les prisonniers de guerre. Un des généraux qui se trouvaient devant lui ouvrit alors la bouche.

"Commandant Heslop, nous avons lu le rapport de 800 pages vous concernant, mais nous aimerions finir par clarifier certains points. Certains témoins de votre unité font état des exactions commises dans le district Est, je pense notamment au village de Zento. Pouvez-vous m'expliquer ce qui s'est passé là-bas ?"

Pendant ce temps là, le soldat qui se trouvait au rétroprojecteur afficha la photo des ruines brûlées et les corps recouverts d'un linge. Les cris et les bruits de la guerre retentissaient toujours dans l'esprit fragile de l'officier. Ses pupilles se dilataient lorsqu'il voyait tout cela, c'était un supplice, il en rêvait toutes les nuits, c'était pour cela qu'il avait été relevé de ses fonctions à la fin d'ailleurs. Rien que de repenser à ce qui s'était passé le replongeait dans le calvaire. Sander avait la gorge sèche, les mains moites, il était en proie à des souvenirs qui alimentaient ses symptômes de choc post-traumatique.

« Je les ai tous fait exécuter...nous les avons tué...nous avons pris le village. C'était nous ou eux...Ishbal, c'était l'enfer là-bas. »


Le Commandant était en difficulté, il avait du mal à s'exprimer, les fantômes de ses victimes. Le Général allait parler à nouveau quand un homme le coupa. Un homme qui se trouvait au centre du jury et qui n'avait pas parlé au cours des plusieurs séances durant lesquelles Heslop avait été interrogé. L'homme portait un bandeau cache-oeil, le Généralissime King Bradley s'exprimait en personne.

« Le Commandant Heslop avait pour ordre de prendre le village. C'est ce qu'il a fait. Les ordres étaient clairs et la région était en proie à de nombreux mouvements rebelles, je vais donc trancher à la place de la court. Sander Heslop sera réhabilité et il recevra les honneurs qui lui reviennent. »


Les paroles du Généralissime surprirent tous les membres de l'assemblée, mais les ordres étaient les ordres, visiblement ce cas ne devait pas être traité comme les autres. Il fallait reconnaître que le dossier Heslop était long et complexe, les officiers de l'armée avaient-ils besoin de tels procès ? Beaucoup avaient commis des exactions à Ishbal et ne voulaient pas revenir dessus. Le dossier fut ainsi classé.

Alors qu'il se dirigeait vers le porte-manteau pour récupérer son manteau et sa casquette à visière de cuir, le Lieutenant-Colonel Heslop fit face à Lya, dévoilant sur sa poitrine ses barrettes de décoration. Toutes étaient des décorations de la guerre d'Ishbal : insigne des blessés, insigne du mérite, médaille d'héroïsme et étoile du mérite pour service rendu à la nation. Toutes ces décorations portaient le liseret d'Ishbal, montrant qu'il n'avait servi que durant cette guerre dans l'armée régulière.

« Dans quel département travaillez-vous au juste ? »

Question banale d'un criminel de guerre supposé. Les monstre d'hier étaient les héros d'aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Sam 7 Déc - 13:41

    Si les rumeurs et bruits murmurés couraient le long des murs des bâtiments de l'armée, si une réputation se faisait, se défaisait, ou bien si un homme-caniche nu se baladait parmi eux, rien de tout cela ne serait arrivé aux oreilles de la scientifique. Ou plutôt si, mais elle prêtait un tel intérêt au monde qui l'entourait, et aux personnes, que l'information entrait, puis ressortait tout de suite, laissant la place entière à ses recherches et ses pensées.
    Lya était demeurée un monstre d'égoïsme, et faisait bien peu de cas des déboires et joies des autres.
    Aussi sa réponse fut d'une logique implacable, bien qu'elle eut prit la peine de le détailler avec attention, de haut en bas, sans cacher le moins du monde son geste sans vergogne:

    "Navrée.... connais pas."

    En plus les polymères n'étaient pas vraiment sa tasse de thé, n'allaient en aucun cas faire avancer ses propres recherches, bref, le pauvre Monsieur Sanders ne partait pas vraiment avec des bonus pour marquer l'esprit de la jeune femme.
    Elle ne faisait déjà plus attention à la secrétaire et se dirigeait d'un pas nonchalant vers la sortie. Aucun bruit n'émanait de ses pas, et pour cause, elle était pieds nus, des pieds maculés de poussière et de sang séché qu'elle n'avait même pas prit la peine de laver pour l'entrevue.
    Encore une extravagance.

    "Je suis le second du Commandant Kimblee"
    fit-elle simplement d'un ton calme comme si elle parlait de la pluie et du beau temps. "Et sinon, je travaille sur les particules cantiques... et leur probable application en alchimie"

    Lya haussa les épaules et resta vague volontairement, si elle adorait ses recherches, elle tenait à les garder pour elle, son trésor, son grand projet.

    "Et vous?"
    finit-elle par demander un peu dans la lune." Que comptez vous faire des polymères? "
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Sander Heslop
Citoyen d'Amestris

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Sam 21 Déc - 18:53

L'interlocutrice de Sander ne semblait en aucun cas faire attention à ce qu'il disait. Enfin, c'était ce que l'officier pensa à première vue lorsqu'il la vit lui signifier qu'elle ne le connaissait pas. En réalité, la jeune femme analysait les informations, peut-être même avec une capacité cognitive accrue, elle ne semblait juste pas vraiment faire cas du monde réel, un peu comme si elle était absorbée dans d'autres pensées. L'officier avait rencontré beaucoup de scientifiques dans ce cas là, lui-même était aussi un peu comme cela au début de sa carrière. Mais il fallait le reconnaître, il était maintenant plus un militaire qu'un scientifique et ses souvenirs d'Ishbals monopolisaient bien plus sa pensée et l'empêchaient de faire de la recherche de manière aussi soutenue qu'avant. Sander s'était longtemps posé la question de ce qui l'avait empêché d'avancer durant ces longues années qui avaient suivi Ishbal...la réponse lui était apparu plus ou moins clairement, il avait franchi ce pas qui nuisait à son objectivité. Les scientifiques avaient un travail qui reposait sur la capacité à rester objectif en toute circonstance, une qualité nécessaire. Mais comment vivre une objectivité au service d'un état ? D'une nation ? Qui plus est lorsque ce pays demandait de verser du sang pour lui. Une sorte de pacte qui avait été signé lorsque Sander avait signé pour endosser cet uniforme. Un uniforme qui lui avait particulièrement coûté mais qu'il ne quitterait maintenant pour plus rien au monde. Amestris misait tout sur son armée, une armée puissante qui devait aider le peuple et maintenir la démocratie et l'ordre en place. Ishbal avait été nécessaire, un mal qui avait pu endiguer une révolution qui menaçait le pays tout entier. Combien de civils et d'innocents auraient trouvé la mort si le conflit n'avait pas été géré de cette manière ? Combien auraient du s'engager dans l'armée et finir morts sur le sable doré du désert de l'Est Amestrien ? Ces questions demeuraient sans réponse mais King Bradley avait apporté sa solution, bien évidemment elle n'était pas idéale mais avait ramené le pays à la paix. Comme bien souvent, il avait fallu qu'une minorité se sacrifie au profit d'une majorité, c'était ça le véritable altruisme. Mais Sander ne faisait pas cela que pour les autres, enfin, il avait eu un certain idéal qui l'avait mené à s'engager et à partir à Ishbal avec une certaine motivation. Un idéal de paix et de pacification, mais les Ishbals n'avaient pas voulu comprendre, ils s'étaient obstinés, il avait fallu employer un autre type de force, une force qui menait peu à peu à l'anéantissement de leur peuple et de leurs coutumes. C'était ce détail qui rongeait le Lieutenant-Colonel Sander Heslop depuis des années. L'heure n'était pourtant plus aux regrets et pourtant...pourquoi l'officier regrettait-il toute cette période ? Pourquoi n'arrivait-il pas à statuer sur ces actes qu'il avait commis ?

Flashback, Ishbal, 1907, secteur Est,

Le crépitement des armes à feu était audible. Une grande zone de combat dans la périphérie d'une petite ville fortifiée par les rebelles. Le Lieutenant Heslop et ses hommes avaient réussi à progresser dans les bâtiments périphériques mais les Ishbals se défendaient becs et ongles et ne voulaient pas lâcher la petite ville. L'uniforme de Sander était déjà blanchi par le soleil et usé par le sable alors qu'il portait un manteau long toile couleur sable. Ces manteaux à capuche étaient distribués aux soldats pour améliorer leurs capacités à se fondre dans le paysage. Tenant fermement son fusil, Sander avançait prudemment dans le bâtiment. Le bâtiment était énorme et semblait vide, aucun bruit en dehors de ceux des combats au-dehors n'était audible. L'officier avançait lentement, tenant fermement son fusil avec des mains moites, il était suivi de trois hommes : le Caporal Ebert, un grand homme qui ne semblait pas éprouver la peur et deux soldats, l'une, une femme répondant au nom de Sarah Bloom et l'autre un homme qui s'appelait Hervé Carson. Sander menait la marche, ils étaient dans un couloir dévastés, plusieurs documents au sol, dont certains étaient des tracts poussant les Ishbals à se révolter contre l'oppresseur amestrien...plusieurs boîtes de cartouches et des objets en tout genre, dont le degré d'intégrité variait. Tous sursautèrent lorsqu'une vitre se brisa dans une des pièces annexes...Ebert voulut partir en avant mais Sander lui ordonna d'un geste de garder sa position. Il ne s'agissait probablement que d'une balle perdue. Les Amestriens avaient donné l'offensive et des groupes armés combattaient dans la rue. La guerrilla Ishbale était particulièrement féroce dans cette région et prendre la ville ne serait pas une sinécure. Lentement, Sander s'approcha de l'entrebaillement de la porte qui se trouvait au bout du couloir. Le calot bien enfoncé sur sa tête, l'officier avait peur, c'était maintenant clair, il ne pouvait pas se permettre de se faire repérer, leur mission était claire, ils devaient installer une mitrailleuse au sommet du bâtiment pour arroser la rue et soutenir la progression des groupes qui se trouvaient plus bas. Ebert portait la mitrailleuse dans un immense drap de toile sur son dos. Les deux autres soldats étaient des tireurs d'élite, ils devaient porter assistance aux servants de la mitrailleuse. Des vies étaient en jeu et pourtant, il allait encore falloir en ôter. Sander regrettait le temps où il enseignait à South City, tout était si simple à cette époque. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à abandonner son poste à Ishbal, de toute manière, il n'avait pas le choix.

La salle qui se trouvait derrière la porte était vide, plusieurs lits de camp superposés indiquait qu'elle avait servi de dortoir de fortune. Des portoirs métalliques fixés au mur indiquaient que des armes avaient été stockées ici. Les hommes qui dormaient ici avaient probablement gagné la rue. Sander entra dans la salle, il sentait son corps frissonnant, l'adrénaline hérissait ses poils et son cœur battait la chamade...il savait qu'il y allait y avoir un dénouement, quel qu'il soit, il devait survivre. La progression lente du petit groupe continua, ils arrivèrent alors à une autre porte, qui dévoilait l'escalier qui montait au toit. Ils étaient tout proches de l'objectif. Alors qu'ils s'apprêtaient à monter, Sander remarqua alors la petite trappe cachée sous un carton mal mis. Une cache d'armes ? Peut-être bien, c'était ce qu'il arrivait souvent, les Ishbals étaient une guerrilla, ils n'avaient pas de structures organisées comme une armée, mais plutôt des bâtiments qu'ils convertissaient. Lentement, Sander déplaça le carton et ouvrit délicatement la trappe. A sa grande surprise il y avait une sorte de petite pièce dans les combles, des lampes allumaient faiblement les murs poussiéreux. Le Caporal Ebert s'approcha de son supérieur.

« Un problème mon Lieutenant ? »


« Non, rien Caporal, restez ici à me couvrir, je vais inspecter cette trappe. »


Sander abandonna son fusil et sortit son revolver pour descendre plus aisément. C'est alors qu'il les vit, plusieurs familles Ishbales, des enfants et des femmes pour la plupart, cachés au fond de la pièce ne faisant aucun bruit. L'officier les mit en joue, les ordres étaient clairs. Les ordres émanant du commandement suprême étaient d'éliminer tout Ishbal présent sur le champ de bataille quelque soit son âge ou son sexe. Ceux-là ne faisaient de mal à personne. Le regard de Sander croisa celui d'une femme, il semblait l'implorer, l'implorer de ne rien dire, ses yeux rouges et luisants fixaient ceux de l'officier, comme si elle attendait le verdict d'une condamnation à mort.

« Vous avez trouvé quelque chose mon Lieutenant ? Dois-je demander à Carson de descendre. »

Il aurait du appuyer sur la détente s'il avait suivi les ordres à la lettre...et pourtant. L'officier Heslop avait beau avoir des états de service exemplaires, il ne se considérait pas comme un meurtrier. Dans la vie, on a toujours le choix, et le choix qu'il fit ce jour là était de désobéir aux ordres. Une désobéissance discrète mais qui pouvait sauver quelques vies. Ces femmes, ces enfants et ces vieillards n'avaient rien à voir dans ce conflit. La main de Sander demeura moite et tremblante.

« Non, ça ne sera pas nécessaire Caporal, il n'y a rien ici, que des combles sales, remettons nous vite en marche. »


La femme qui fixait Sander parut soulagée, comme incrédule. D'un mouvement de la main, l'officier lui fit signe de ne faire aucun bruit et remonta par la petite échelle, refermant la trappe derrière lui. Il fallait continuer à avancer, le petit groupe prit les escaliers et arriva enfin sur le toit de la maison. Un toit qui était tout plat.

« Caporal, installez la mitrailleuse, quant à vous deux, prenez position, nous devons couvrir la rue ! »


Des tirs retentissaient dans tous les coins de rue pendant que Sander et Ebert montaient la mitrailleuse sur trépied. Dans la rue, des cris et des tirs retentissaient il était clair que les combats faisaient rage. Les deux tireurs d'élite étaient déjà en place et les tirs de leurs fusils se firent entendre à nouveau alors que Sander épaulait la mitrailleuse et que le Caporal faisait passer les longues bandes de munitions serrées en rang d'oignon. De haut le spectacle était étrange, les Ishbals avaient établi plusieurs barricades desquelles ils tiraient sur les amestriens qui tentaient d'envoyer des vagues d'assaut. La mitrailleuse balaya les barricades les unes après les autres, ne laissant que des cadavres ensanglantés sur son passage. En quelques minutes tout fut détruit. Il y avait dans cet acte de destruction quelque chose d'irrémédiable, d'étrange, à mesure que Sander tirait, il sentait une sorte de vide impersonnel l'envahir. Plusieurs soldats en uniforme bleu étaient à terre devant les barricades, plusieurs frères d'armes avaient trouvé la mort dans cet assaut mais ceux qu'il était en train d'éliminer étaient aussi des hommes. Aujourd'hui c'étaient des Ishbals et demain peut-être lui.

Plusieurs minutes plus tard, c'était fini, la rue était nettoyée, encore une mission fructueuse pour le Lieutenant Sander Heslop. Une explosion se fit entendre dans le bâtiment sur lequel ils étaient. Quelques minutes plus tard, un homme apparut sur le toit, il portait un catogan et un uniforme avec des pattes d'épaule affichant un grade de Commandant.

« Lieutenant Sander Heslop, très bon travail. Je me présente, Commandant Kimblee, je suis alchimiste d'état et je prends les choses en main ici. Oh et je vous demanderai d'aller à l'étage inférieur, vous aviez loupé un groupe de civils qui se cachaient...mais ne vous inquiétez pas, je suis passé derrière vous et il n'y a maintenant plus aucun survivant. »

Les yeux de Sander s'écarquillèrent.


Kimblee, c'était donc ça, cette jeune femme avait un rapport avec le Commandant Kimblee. Donc l'homme au catogan était toujours dans la course. Alors que les deux gradés traversaient le couloir silencieusement, ils semblaient s'enfoncer de plus en plus dans les profondeurs du QG de Central.

« Le Commandant Kimblee ? Je pensais qu'il avait été emprisonné à la suite du conflit d'Ishbal. Je le sais car à vrai dire, nos cas ont été traités en même temps. »

L'homme marqua une pause, comme s'il voulait digérer un aliment qui était mal passé. On sentait que l'évocation d'Ishbal le mettait particulièrement mal à l'aise.

« Les particules quantiques hein ? Je vois, j'ai vu quelques articles là-dessus, mais c'est assez innovant, je ne suis pas assez informé sur le domaine pour vous tenir une conversation construite à ce sujet. Pour ce qui est des polymères, mes travaux ont été utilisés principalement pour renforcer les tourelles de nos chars...c'est modeste, mais j'en suis assez fier. Avez-vous des fonctions militaires ? »

Alors que les officiers marchaient, la conversation s'installait. Même si Lya ne semblait pas s'intéresser d'avantage à ce que disait Sander, parler le décontractait, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas pu parler avec un pair.
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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Ven 3 Jan - 10:13


    Ses derniers mots semblèrent avoir un effet sur le sieur Sanders dont le regard se perdit dans le vague. A vrai dire, ce genre de révélation avait toujours son petit effet, surtout lorsque l'on le disait avec calme et sérénité. Elle lui jeta un coup d'oeil, visiblement amusé, puis entreprit de l’entraîner de son pas lent dans les couloirs du QG.
    Elle avait finit par se débarrasser de sa blouse jugée sans doutes trop sale ou inconfortable, ou peut être juste un caprice, jetée à terre vulgairement.
    Lya attrapa au passage un jeune scientifique qu'elle braqua sans gêne aucune avec un scalpel avant de lui subtiliser sa blouse et de l'enfiler tranquillement.

    "Monsieur Kimblee?"


    Elle eut un léger sourire amusé, accompagné d'un léger tss alors qu'elle poussait de la main le jeune scientifique et reprenait sa marche.

    "J'imagine que vous eu un rapport avec lui par le passé?" Lya s'amusait de la situation, finalement, le commandant lui apportait bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.
    "Vous avez finit en prison aussi? sans doutes avez vous fait partie des bouc-émissaires de cette affaire?"

    Elle ne tremblait pas face à la perspective de se retrouver face à un criminel de guerre, à vrai dire, elle parlait de ce passé sordide comme l'on parle de la pluie et du beau temps, contrairement à l'officier Sanders. Et c’est cette réaction gênée qui la poussait à continuer sur cette voie.

    "A tort ou probablement à raison, mais je suis fort mal placée pour juger, nous laisserons ce soin-là aux générations futures. "

    Lya rangea son scalpel dans une poche, fouilla dans une autre et en sortit une sucette que son ancien propriétaire comptait probablement déguster plus tard.
    Elle retira la protection, et la croqua du bout des dents avant de continuer:

    "hum? je suis le second du Commandant Kimblee, je suis lieutenant de l'armée, et hum... nous dirons que j'ai en charge nombres des aspects de son travail: nettoyage, remplissage de dossiers, prises de notes, passionnant n'est-il pas?"


    Elle avait esquivé la question de ses recherches, non point qu'elle n'aimait pas en parler, non, mais le fait de mettre mal à l'aise quelqu'un était une sorte de marotte chez elle, et puis... trop parler de ses recherches à un autre scientifique était un risque de se les voir volées.

    "Viendrez vous prendre le thé avec nous, monsieur Sanders? "


    Lya plissa ses yeux étranges, avec un sourire énigmatique, jouant d'une main avec le bâtonnet de la sucette.

    "Comme cela, vous évoquerez ce que vous faisiez à Ishbal, et nous parlerons de ce que vous comptez faire avec vos polymères..."



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Sander Heslop
Citoyen d'Amestris

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Ven 3 Jan - 18:28

Le Lieutenant-Colonel Heslop et Lya Rozemberg avançaient peu à peu dans le QG, pour finalement arriver dans une autre aile de bureaux. Le genre d'endroit où on trouve principalement des fonctionnaires qui ne lèvent pas le nez de leur pile de papiers. Une sorte de branche morne qui rappela à Sander les bureaux de recrutement ternes qu'il avait écumé avant son arrivée à Ishbal. Pourquoi repenser à tout cela ? Etait-ce du fait de Lya, la jeune femme évoquait sans vergogne ce passé douloureux qu'Amestris devait porter comme une croix rouillée. La jeune femme n'était pas assez âgée pour avoir connu cette période, en tout cas elle ne portait encore aucun uniforme à cette époque. De toute manière, elle était une scientifique et portait pour seul uniforme sa blouse mouchetée. L'évocation de Solf J. Kimblee n'arrangeait pas les choses, il était clair que cet homme avait marqué Ishbal d'un trait indélébile. Cet officier et alchimiste d'état avait été la vedette des procès de Central qui s'étaient déroulés après la guerre...des procès durant lesquels les officiers qui avaient déserté ou trahis avaient été jugés. En réalité, certains militaires ayant commis des actes criminels avaient été jugé publiquement, la presse était systématiquement convoquée, et on avait utilisé ces procès pour calmer les mouvements intellectuels qui ne soutenaient pas cette guerre en Ishbal. Même après coup, Sander n'avait pas de réelle opinion sur ce qui s'était passé, il réfutait les accusations de complot de l'armée, il avait fait son travail, seulement son travail à Ishbal, c'était du moins ce qu'avait conclut le long cortège d'experts qui avaient examiné son cas. Contrairement à Kimblee, l'officier n'avait jamais essuyé de suspicion de meurtre d'un frère d'arme. La vérité dans tout ça, c'était qu'il n'existait aucune guerre propre, pas plus qu'il existait une armée irréprochable, mais le pays avait besoin de protecteurs, des anges gardiens qui conservaient la voie qui avait été tracée pour Amestris.

Lya ne semblait pas trop faire cas de l'air embarrassé de Sander Heslop à l'évocation d'Ishbal. A vrai dire, la jeune femme quitta sa blouse pour finalement arrêter un scientifique qui passait par là et lui subtiliser la sienne. La pratique fut jugée par le physicien avec une certaine circonspection, mais ce sentiment disparut vite lorsque la jeune femme s'immisça un peu plus dans le sujet d'Ishbal et de « Monsieur Kimblee » comme elle aimait l'appeler. Comment était-il possible qu'un homme comme Kimblee soit en liberté ? Il avait été jugé coupable, toutes les charges contre lui avaient été retenues : trahison, meurtre, crime de guerre, utilisation abusive de biens de l'état, mise en danger d'autrui, insubordination. La liste était en réalité loin d'être exhaustive, mais l'homme à la queue de cheval ne devait d'avoir échappé à l'échafaud qu'aux prouesses d'un de ses avocats qui avait souligné que, sans lui, nombre de localités Ishbale n'auraient pas été prises par l'armée. Tout cela était du passé, pourtant, il semblait qu'un démon invisible et pervers prenait un malin plaisir à remuer cette vase putride qui sédimentait dans les bas-fonds de l'esprit de l'officier. N'était-ce pas assez que de subir tous les jours une culpabilité maladive ? N'était-ce pas assez que d'entendre les crépitements des mitrailleuses, les tirs de fusils et les explosions de mortiers dès qu'on tente de fermer les yeux ? Visiblement non, car la Vie est ironique, elle ne connaît pas de limite, la farce ne semble jamais se terminer. Une bonne vieille blague dont l'issue semble redondante, la Némésis de Sander était de nouveau là. Lya remarquait-elle les tornades intérieures qui dévastaient toute tentative de construction d'un raisonnement logique dans l'esprit de Sander lorsqu'elle évoquait Ishbal ? Se rendait-elle compte qu'un seul mot suffisait à enrayer la machinerie bien huilée qu'était le bien pensant esprit du policier militaire ? Avait-elle la moindre idée que ce dont elle parlait là était le petit cailloux qui bloquait les rouages mis en marche par la propagande militaire et le désir fervent de réussite et d'élévation sociale qui avait façonné notre professeur de physique à la retraite ? Toute cela demeurerait un mystère, l'Autre est un Sphinx dont le comportement est intrinsèquement une énigme sibylline. Lya Rozemberg était un drôle de spécimen, avec un regard circonspect, Sander la fixa quelques instants avant de répondre, comme s'il cherchait à percer ce voile de mystère qui entourait la jeune femme.

« Effectivement, je ne pourrais vous cacher que le fait qu'on m'accuse à mon retour du front a été une expérience particulièrement difficile. Fort heureusement, je n'ai pas été emprisonné. Quant au soin de juger, oui, laissons-le aux générations futures. Je peux cependant vous dire sans trop me confondre qu'elles seront probablement clémentes à notre égard car nous avons conservé...comment disent-ils dans les livres ? Ahem...ah oui...l'intégrité du pays...enfin quelque chose dans ce genre là. »

Sander cafouillait, il hésitait, pourtant c'était un homme avec une diction parfaite, qui hésitait sur le sujet d'Ishbal. Visiblement, ses doutes et ses peurs refaisaient surface. Ce n'était pourtant qu'une femme qui le pointait avec un scalpel et n'avait pas vécu cette guerre ignoble et traumatisante. Alors qu'il était figé sur ces pensées, l'évocation de la fonction de Lya auprès de Kimblee provoqua un nouveau regard interrogateur.

« J'ignorais que Monsieur Kimblee avait repris des fonctions au sein du gouvernement. L'état lui a finalement pardonné, il faudra que je lui adresse mes félicitations pour sa libération. »

Bien évidemment, cela était simplement de la causette. Sander n'était pas très à l'aise à l'idée de croiser Kimblee à nouveau, tous deux avaient effectivement des souvenirs à Ishbal. Mais cela relevait plus d'un souvenir de plusieurs mois en enfer plutôt que d'un sentiment d'émulation. Alors que Lya commençait à consommer une sucette avec un air narquois, la suite fut accueillie par Sander comme un coup de fusil...elle lui proposait de venir prendre une tasse de thé avec Kimblee. Le piège s'était refermé, les anciennes connaissances d'Ishbal refaisaient surface et ces dernières n'étaient pas les moins actives...Kimblee était un homme qui avait beaucoup fait parler de lui et avait éprouvé un certain plaisir à détruire et à tuer. Après coup, Sander valait-il mieux que lui ? Il ne pourrait cependant pas passer sa vie à fuir. La lèvre inférieure tremblante de nervosité, seul signe de l'état du Lieutenant-Colonel Heslop, finit par s'immobiliser, après un instant d'hésitation, il avait pris sa décision.

« C'est avec plaisir que je vais me joindre à vous. Allons donc prendre une tasse de thé. »


Sander répondit au sourire de Lya, il allait à nouveau être confronté à Solf J. Kimblee, l'homme qui avait donné des ordres à son unité à Ishbal durant quelques temps. Oui, la vie était vraiment ironique, revoir Kimblee serait une surprise : lui qui était allé en prison, Sander était monté en grade, de Commandant à son procès, il était maintenant Lieutenant-Colonel. Qu'est-ce qui faisait si peur à Sander ? Etait-ce réellement de se confronter à ce très cher Monsieur Kimblee -bien que ce dernier ait toujours été très courtois avec l'officier à Ishbal et qu'ils aient partagé des opinions communes- ou le fait qu'ils aient détruit des villages ensemble ? Entre passé refoulé et camarade revenu des geôles des prisons haute-sécurité, cette journée prenait décidément une tournure imprévisible...
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Solf J. Kimblee
Traître lotus blanc que le sang révèle...

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Sam 4 Jan - 14:31

La journée avait été plutôt compliquée pour l’alchimiste écarlate, qui s’était vu remettre des dossiers par King Bradley lui-même, ou plutôt dans ce cas-ci, Wrath, étant donné que la confidentialité de cet ennuyant tas de papiers tenait des informations sur les projets des homonculus. Intéressant, bien que porteur d’un léger sous-entendu devant lequel Kimblee sentait qu’il devait se méfier.

En effet, quoi de plus clair qu’envoyer une liste des sacrifices humains potentiels pour se sentir quelque peu visé ? Il savait bien entendu ne pas être en tête de liste, mais depuis son altercation avec le Fullmetal Alchemist qu’il avait failli tuer, il savait que le Général des Armées n’accepterait plus un tel écart en supprimant les personnes essentielles à leurs plans. En définitive, le message était que, en cas d’un quelconque problème avec les alchimistes sur la liste, il pourrait très bien les remplacer. Mais c’était un pari qu’il avait fait dès le départ, en décidant de prendre part au projet. Il avait conscience des risques, et à vrai dire, ne pensait pas s’en sortir vivant, mais cela ne l’importait peu. A la rigueur, ce qui aurait pu le contrarier aurait été de mourir après s’être laissé avoir par ses propres "alliés".

Et envisager cette éventualité était hors de question. Il se battait pour lui-même, pour voir le résultat de la bataille entre humains et homonculus, et non pour les faire gagner. Il n’avait jamais souhaité la victoire d’un quelconque camp, et seule sa curiosité comptait dans l’équation.

Soupirant, il ouvrit un énième dossier. Il se fichait bien des affectations, rapports, équipes, états de service de tout ce beau monde, même si certains dossiers l’amenaient à être légèrement surpris.

Par contre, il siffla d’agacement en constatant qu’un dossier qui n’avait rien à faire là s’était glissé.

Detsien Lysheart. Kimblee commençait à croire que l’humour de Wrath était vraiment tordu.

Il se débarrassa du dossier, non pas comme tout être normal l’aurait fait, via une corbeille, mais en l’explosant, puis retourna aux autres, et continua de s’en "débarrasser" au fur et à mesure de sa lecture, car ses ordres étaient clairs : personne ne devait tomber dessus.

Quand il eut décidé qu’il en avait assez, il détruisit le tas de documents et alla fouiller les étagères du laboratoire de Lya, remplis de bouquins et de feuilles qu’on pouvait à peine prétendre être en désordre tant l’apocalypse avait dû sévir ici. Solf adorait les livres, il aurait presque sermonné son Lieutenant de les ranger de la sorte. Lorsqu’il trouva enfin un ouvrage qui l’intéressait vraiment, la porte s’ouvrit sur sa subordonnée et un autre individu qu’il ne vit après qu’il ait complétement franchi le pas de la porte. Il reposa donc le livre.

L'écarlate trouvait déjà étonnant quelqu’un osant entrer dans cette partie du QG plus que sinistrée, et que Lya soit accompagnée, mais la surprise fut d’autant plus grande en constatant que le visage du nouveau venu ne lui était pas inconnu.

Il eut un léger sourire, inquisiteur, s’interrogeant immédiatement sur les intentions de Lya, puis reportant son attention sur le militaire.

« Bonjour, Lieutenant. Et bonjour à vous également, Sander Heslop…Ou plutôt, Lieutenant-Colonel Heslop, si je ne m’abuse. »






"À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Sam 4 Jan - 16:07

    Lya avait entraîné son collègue dans les méandres du qg, descendant toujours plus profondément dans les entrailles du bâtiment pour arriver à un couloir visiblement abandonné. Une rangé de lampes vrombissaient, oscillant entre le noir et la lumière, et donnant au lieu un aspect d'autant plus lugubre.
    Une descente aux enfers durant laquelle elle garda un silence lourd volontaire, sans doutes par habitude.

    Ils passèrent une porte, puis deux, et du coin de l'oeil, Sanders put entrapercevoir une forme noire qui visiblement les suivait avec lenteur, mais cela ne semblait pas inquiéter outre mesure la scientifique qui continuait son chemin.
    Une autre porte, puis enfin, elle arrêta son avancée et ouvrit dans un bruit sourd de métal l'entrée de son laboratoire, s'immobilisa un court instant, puis sourit en plissant ses grands yeux épuisés à la vue du Commandant.

    "Bonjour, Commandant"

    Elle entra à son tour, laissant apparaître un endroit aussi étrange que les deux personnages présents là: une pièce vaste, dont tout semblait sans dessus dessous. Çà et là se trouvaient des feuilles, des dossiers, des cartons remplis, des piles de livres, plus loin des tubes contenant des liquides étranges, des câbles, une table de dissection et une machine énorme qui faisait un bruit bien étrange.
    On pouvait deviner une porte qui menait vers des ténèbres, et dans un coin, entouré de bibliothèques, une sorte de petite antre douillette constituée de breloques dorées et de soieries.
    Un capharnaüm qu'une créature voutée, pliée en deux tentait de contenir tant bien que mal avec des grognements de mécontentement visibles.

    "Entrez donc Monsieur" Fit-elle d'une voix claire avant d'aller retirer le livre des mains de Kimblee et de s'assoir sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel il se trouvait posant ses pieds sur ses genoux avec une nonchalance et une sans vergogne décalés.

    "Chose! apporte nous le thé s'il te plait!" Et la créature s’exécuta visiblement de bonne grâce (enfin, s'il l'on réussissait à décrypter ses grognements). Lya désigna un autre fauteuil se trouvant en face d'eux afin que le jeune homme prenne place, avec un sourire aimable... enfin... qui se voulait aimable.

    "Heureuse surprise que je vous ménage là, n'est-il pas? " Elle croqua à nouveau du bout des lèvres la sucette alors que revenait clopin-clopant la Chose avec un plateau et commença à déposer délicatement un très joli service à thé et des pâtisseries visiblement faites avec amour. Car s'il y avait bien une chose que la Chose adorait par dessus tout, une véritable passion qu'elle exerçait sans retenue ici: la pâtisserie et les jolies vaisselles. Contrastant énormément avec sa personne difforme, cette petite marotte faisait sourire, son goût en choix de thé était sûr et ses réalisations étaient à se damner. Son unique drame? d'avoir une maîtresse qui ne faisait finalement pas la différence entre un banal thé bas de gamme et un earl grey des plus raffinés. La Chose en avait prit son partit, mais l'arrivée de l'homme en blanc avait comblé ses jours, car lui au moins pouvait apprécier le travail qu'il fournissait! Enfin!

    "Alors Monsieur Heslop, êtes vous heureux? je suis sûre que oui"
    L'ambiance semblait lourde et fort heureusement pour leur invité, il n'y avait pas de cobaye de présent dans l'endroit.
    Lya quant à elle semblait parfaitement à son aise, la position qu'elle occupait était plus que dangereuse, mais elle agissait avec un naturel déconcertant.
    La jeune femme se pencha en arrière et attrapa un bout de feuille qui traînait là, puis, chippa un crayon dans une poche de son supérieur hiérarchique et commença à noter diverses choses dessus. Elle venait de repartir dans ses recherches et ce en l'espace d'à peine quelques secondes.
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Sander Heslop
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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Dim 5 Jan - 11:57

Le Lieutenant-Colonel Heslop suivit Lya dans les bas-fonds du QG. Visiblement, son bureau était dans un endroit peu visité. Il était difficile d'avoir une idée de la superficie véritable d'un tel édifice. Le QG militaire de Central était le centre névralgique d'une puissance militaire omniprésente en Amestris. Toutes les informations allaient et venaient, étant traitées par ce système nerveux central du Pays. C'était ici que tout se décidait, des hommes en uniformes bleus traitaient les informations, d'autres analysaient les problèmes et les requêtes et d'autres encore donnaient les ordres. Toute une chaîne de commandement qui solutionnait tous les problèmes du pays et le gouvernait. Restait à découvrir quelles étaient les fonctions exactes de Kimblee et de Rozemberg dans tout ça. A part parler des particules quantiques, Rozemberg n'avait pas vraiment évoqué l'application exacte de ses recherches et le fait que Kimblee trempe dans cette histoire laissait présager une grosse application militaire. Quoi qu'il en était, il était très difficile d'avoir une idée sur les intentions d'un homme comme Solf Kimblee, il avait été officier, alchimiste d'état, et même à Ishbal, il avait été quasiment impossible de prédire ses intentions. Là n'était pas la question, Sander n'avait pas d'autre moteur que la curiosité sur ces questions, la physicienne et l'alchimiste écarlate étaient des membres de l'état, ils avaient donc toutes les autorisations nécessaires. Il demeurait cependant une grande inconnue sur la finalité de cette association.

Le binôme pénétra dans le bureau de Lya Rozemberg. Une impression étrange envahit Sander Heslop lorsqu'il remarqua que tout était sans dessus-dessous, une pièce dans laquelle nombre de dossiers et de feuilles remplies à la va-vite étaient entassées et entremêlées dans un patchwork savamment empilé. Des livres étaient posés ça et là. Cela n'était qu'une partie du bureau, car en réalité, c'était aussi un laboratoire à en juger les décoctions étranges qui sédimentaient ou reposaient dans des rangées de tubes à essai. Une étrange machine produisaient des sons non moins étranges et une créature sombre produisait des sons assimilables à des grognements. L'ambiance était de plus en plus surréaliste, cette invitation à prendre le thé se déroulait donc dans ce véritable chaos qu'était le laboratoire de Lya Rozemberg. Une fois avoir pénétré dans l'étrange pièce, Sander aperçut Kimblee, vêtu de blanc, un costume coûteux et raffiné et un sourire dont on ne savait déterminer si la nature était ironique ou respectueuse sur le visage. Se pouvait-il que la collaboration entre Kimblee et Rozemberg soit bien plus étroite qu'il ne semblait à premier regard. Tenant toujours sa casquette à visière sous le bras, Sander répondit poliment aux politesses de Solf Kimblee.

« Bonjour, Commandant Solf Kimblee, je ne m'attendais pas à vous revoir libre un jour, sept ans déjà que nous nous sommes quittés. Je suis très heureux que les tribunaux aient statué finalement en votre faveur...je vous adresse tous mes sentiments les plus sincères pour cette libération. »

Derrière cette politesse se cachait bien plus que des formalités de deux hommes qui avaient été frères d'arme. Kimblee était toujours désigné selon son ancien grade, comme si son image était figée dans le passé. Un passé douloureux et étrange, mêlant nostalgie des camarades tombés au combat et horreur des atrocités commises.

Flashback, Ishbal, 1907, zone est,

les combats faisaient rage. Le petit groupe de bâtiments était encerclé par l'armée. Sander était à un petit poste de radio et les choses ne se passaient pas conformément aux plans des militaires. Les Ishbals s'étaient barricadés et tenaient la position, le récemment promu Commandant Heslop avait perdu dix hommes dans l'assaut qui avait avorté. Il était en communication avec le Général Fessler qui prenait en charge l'assaut sur le QG Est.

« Avec tout le respect que je vous dois, mon Général, ils sont bien plus équipés qu'on ne le pensait il y a une mitrailleuse lourde ! »


Plusieurs balles furent tirées et atterrirent à quelques mètres de Sander qui mit la main sur son calot pour se protéger la tête. La voix nasillarde de Fessler apparut alors dans la radio.

« Démerdez-vous comme vous voulez, Commandant, cela n'est pas mon problème, je veux prendre le QG Est des rebelles avant que le Nord ne soit pris. »


« Vous ne comprenez pas, j'ai déjà perdu dix hommes, c'est l'enfer ici, on est sous un déluge constant de balles, il me faut des renf... »


« Eh puis quoi encore, vous avez un alchimiste d'état avec vous...DEMERDEZ-VOUS ! Je veux que ce bastion soit pris d'ici deux heures, quant aux moyens employées et aux pertes, ce n'est pas mon problème, c'est la guerre officier Heslop ! Recontactez-moi quand vous aurez accompli votre mission. »


La mitrailleuse crépita à nouveau. Un soldat en bleu tomba. Le soleil de plomb aurait pu donner un air de vacances à la scène qui n'était que le reflet d'une guerre sans merci entre deux camps avec des motivations différentes. La plupart de la trentaine de soldats restante était abritée derrière des sacs de sable. Le Commandant Heslop saisit ses jumelles et observa le bâtiment, les Ishbals étaient barricadés derrière plusieurs planches de bois au troisième étage et les arrosaient. Ils n'avaient plus le choix maintenant. Le Lieutenant Baker qui assistait Sander s'approcha, tenant toujours son fusil en main.

« Alors, que fait-on mon Commandant ? »

« Préparez-vous à donner l'assaut. Je veux cinq hommes avec les pistolets-mitrailleurs pour un tir de couverture, on va tenter le tout pour le tout. »

« Mais...c'est du suicide...et les renforts ? Qui va mener cette... ? »


« Je passe devant. »


Le ton du Commandant ne laissait aucune hésitation transparaître. Derrière lui, une ombre apparut, le Commandant Kimblee le fixait de ses yeux d'azur et esquissa un sourire carnassier.

« Ne soyez-pas si négatif, Commandant Heslop, nous allons donner un assaut décisif. Une occasion de plus de finir correctement le travail. Je passe devant avec vous. »

« C'est hors de question, vous êtes bien trop précieux, nous devons vous proté... »


« Hé, nos grades sont équivalents, mais j'ai encore l'autonomie due à mon statut, vous verrez, cette expérience risque d'être amusante. Vous et moi, nous allons enfin ressentir notre cœur battre à la fin de la journée. Ce danger...cette pression...cette excitation nous ressortira grandis. Allons finir le travail, mon bon Commandant. »


Le ton était faussement bienveillant et Kimblee maquillait son attrait pour le meurtre et les massacres. Son comportement inquiétait Sander depuis qu'il l'avait vu attaquer et détruire l'abri de civils. Ils n'avaient cependant plus le choix, il fallait avancer. Les soldats furent préparés à donner l'assaut, ils étaient tous derrière les sacs de sable alors que la mitrailleuse crépitait encore. Le Lieutenant Baker était visiblement en proie à la panique, tremblant comme une feuille et la plupart des soldats étaient dans le même état. Il allait falloir y aller, Sander tenait un sifflet entre les lèvres, il n'attendait plus rien de cette guerre à part qu'elle se termine. Ces Ishbals de malheur étaient le seul obstacle à finir cette guerre. Le sourire malsain de Kimblee qui attendait d'être jeté dans l'arène, les peurs des soldats, le soleil de plomb, tout vacillait autour de Sander. Il n'avait même plus peur mais une rage...une rage profonde envers ceux qui étaient derrière cette guerre. Le coup de sifflet raisonna, cinq soldats se levèrent et tirèrent à l'aide de mitraillettes pendant que tous les autres partaient à l'assaut du bâtiment. Tout se déroula comme au ralenti, les explosions de Kimblee, les soldats qui tiraient, d'autres qui tombaient au sol mollement. Sander courait, il slalomait entre les impacts de balles. Plus que trente mètres le séparaient du bâtiment. Kimblee sprintait...un soldat tomba à côté du Commandant, il n'avait pas plus de vingt ans...

Ils entrèrent enfin dans le bâtiment. Sander était un automate, il vit un Ishbal s'avancer et lui détruisit littéralement la mâchoire d'un coup de crosse, l'achevant d'une balle dans la poitrine. Plusieurs soldats étaient entrés. Kimblee transmuta le sol et une dizaine d'Ishbals qui s'avançaient explosèrent tour à tour, ne laissant qu'un déluge pâteux et carmin. Le sourire n'avait pas quitté l'alchimiste écarlate durant toute l'opération. Les rebelles restants furent vite éliminés, avec une rage remarquable par Sander. Kimblee veilla à ce que les servants de la mitrailleuse soient capturés vivants. Le Commandant Heslop se contenta de nettoyer les deux premiers étages.

Le bâtiment fut enfin vide, le canon de Sander était encore fumant. Avait-il rêvé ? Tout s'était déroulé comme dans un rêve. Chacun avait pris sa place, chacun avait fait ce qu'il devait faire. L'homme monta mollement au troisième étage. Kimblee se tenait fièrement devant trois hommes ligotés qui insultaient les soldats dans un dialecte inconnu des amestriens. Kimblee fixa intensément Sander en s'approchant de lui.

« Eh bien, je ne vous connaissais pas une telle rage. C'est ça, vous avez enfin accepté la dure réalité de cette guerre...mais rassurez-vous, le travail est fini et a été correctement effectué. Ces hommes sont les servants de la mitrailleuse, ils ont tué vos hommes et sont des ennemis de l'état...ils ont massacré vos hommes...ils en auraient tué plus s'ils avaient pu. Ce ne sont que des larbins, aucun rapport à remplir pour eux... »

Kimblee s'approcha à nouveau, il sortit son revolver et le disposa dans la main de Sander, refermant délicatement les doigts de l'officier sur le métal froid et lourd de l'arme. Les yeux bleus de Kimblee transpiraient la folie et ses paroles étaient pourtant si logiques, une berceuse qui aurait pu mener le meilleur des hommes en enfer.

« Finissez le travail, Commandant Heslop, ils le méritent...vous ressentirez enfin la satisfaction d'avoir terminé la mission. Cette guerre est bientôt finie, ces hommes ne vous oublieront jamais...et vous les garderez à jamais dans votre mémoire. Abattez ces chiens ! »

L'alchimiste d'état tourna le dos. Trois détonations retentirent.


Les souvenirs affluaient, c'était la dernière fois que Sander vit Kimblee en liberté, ces cauchemars ne l'avaient jamais quitté. L'alchimiste Ecarlate n'avait pas été affecté longtemps à cette unité, ils s'étaient retrouvés lors de l'assaut du QG Est et n'avaient partagé qu'une seule mission ensemble, pourtant Solf J. Kimblee n'était pas le genre d'homme qu'on oubliait. Sander quitta son manteau, dévoilant son uniforme impeccable et le brassard blanc qu'il portait, qui indiquait qu'il faisait partie des divisions administratives, il était maintenant membre de la police militaire, dans les divisions d'investigation. Depuis Ishbal, ses traits s'étaient creusés, ses cheveux avaient poussé, il n'était plus que l'ombre de lui-même, et ce en dépit d'avoir pris du galon.

La jeune femme ôta le livre des mains de Kimblee et s'assit sur le même fauteuil que lui, avec une proximité presque dérangeante...jusqu'où allaient les échanges entre Rozemberg et Kimblee ? L'officier s'assit sur le fauteuil qu'on lui avait désigné, gardant sa casquette à visière sur ses genoux. Il ne réagit pas à la première tirade enjouée de Lya. L'homme saisit une tasse de thé avec une pâtisserie qu'il déposa sur le rebord de la coupelle.

« Un service de Xing on dirait...très joli choix. Les belles choses me comblent, je ne m'attendais pas à être reçu de la sorte. Je ne vous savais pas amateur de tels raffinements Monsieur Kimblee, votre assistante à des goûts délicats. J'ai bien plus qu'il ne me faut pour être heureux, je vous remercie Lieutenant Rozemberg. »


Toujours dans de bonnes manières qui ne l'avaient pas quitté depuis Ishbal, Sander sirota sa tasse, considérant l'être informe qui ne semblait s'exprimer que par grognement. Le regard de l'homme de la police militaire de tourna vers ses deux interlocuteurs et il posa enfin sa question.

« Si vous me disiez maintenant sur quoi portent exactement vos travaux et l'application que l'armée y trouve ? Je croyais que les travaux sur les chimères avaient été abandonnés... »



Le ton était respectueux, Sander avait jeté un coup d'oeil à la Chose, qu'il soupçonnait être une chimère. Sander Heslop était trop respectueux de l'armée pour aller contre ses décisions, aussi il n'avait jamais parlé durant son procès, n'ayant jamais donné de preuves à charge contre Kimblee ou contre d'autres personnes soupçonnées. L'officier attendit poliment la réponse, ne se rendant pas compte qu'il s'approchait dangereusement d'un complot d'état et d'une machination infernale dont les ramifications dépassaient de loin sa perception du monde...
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Solf J. Kimblee
Traître lotus blanc que le sang révèle...

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MessageSujet: Re: Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)   Lun 13 Jan - 14:57

Kimblee aurait presque regretté d’avoir pris une Lieutenante aussi tordue et qui voulait apparemment le faire tourner en bourrique. En réalité, il ne regrettait absolument pas, mais il fallait bien constater qu’elle devait forcément préparer un sale coup pour se comporter de la sorte. Et pour tout dire, cela l’amusait, comme  un nouveau défi à relever. Laissez donc deux démons dans une même pièce et ils joueront vicieusement sans jamais se lasser.

Ainsi, l’écarlate ne fut nullement déstabilisé quand elle s’assit de manière fort peu convenable (mais qu’il y a-t-il  donc de convenable entre Lya et lui après tout ?) avant que la Chose apporte du thé et des gâteaux que l’alchimiste ne pouvait nier être délicieux. La scientifique, quant à elle, s’assura du confort de leur invité, comportement de plus en plus inhabituel, elle qui demeurait souvent à ne se préoccuper de ses recherches. D’ailleurs, elle ne repartit que de plus belle dedans, mais Solf n’était pas dupe et la soupçonnait de prêter une oreille à la discussion des deux militaires d’Ishbal

L’alchimiste écarta finalement ses suppositions pour se reconcentrer sur Sander, maintenant assis dans un fauteuil que lui avait désigné son lieutenant. S’emparant d’une tasse, il répondit avec un sourire aimable à son collègue, bien que cette politesse cache fort bien le dangereux et malicieux être qui se cachait derrière cette conversation, attendant le moment propice pour s’amuser à y prendre véritablement part :

« En effet, cela faisait bien longtemps, Lieutenant-Colonel. Quant à ma libération, elle a été décidée par King Bradley, il y a peu de temps. Je suppose que mes capacités viennent à manquer à l’armée ces derniers temps. Notamment dans la capture d'individus comme Scar, puisqu'il court toujours. »

Son ton était légèrement désinvolte, un peu détaché de la situation, comme s’il accordait une moindre importance aux raisons réelles de sa remise en liberté. Il désirait éviter que le militaire cherche plus loin, donc il feindrait de ne pas lui-même s’intéresser au fond du sujet.

« Oh, fort heureusement, il y a des choses chez ma Lieutenante qui sont de très bon goût malgré le désordre habituel. », fit-il nonchalamment tout en tournant sa cuillère dans sa tasse et en jetant un léger coup d’œil à Lya, puis à Sander lorsque le regard de ce dernier se posa sur la Chose qui grognait des paroles inintelligibles dans un coin de la pièce, comme la plupart du temps, mais Kimblee depuis le temps avait fait abstraction, peu à peu, de ce genre de détails.

Le commandant se permit de répondre à une partie de la question de Sander sur les chimères et leurs recherches, sans trop en révéler car il savait Lya particulièrement attachée à ce travail qu’elle ne voulait pas voir dévoilé devant n’importe qui.

« Les chimères sont en effet des projets à présent abandonnés par l’armée, les dernières en date étant celles de feu l’alchimiste Tisseur de vie, Shô Tucker, assassiné par Scar, si je ne me trompe pas – ma remise en liberté ayant été postérieure à cet événement. », expliqua-t-il avant d’orienter son regard iceberg sur la Chose « Quant à lui, je pense que le Lieutenant Rozemberg pourra vous répondre de manière plus exacte que moi, mais nos recherches ne sont pas liées à d’éventuels travaux sur les chimères. Nous faisons notamment des recherches sur les particules quantiques, mon aide là-dessus résidant dans les liens mis en évidence avec l’alchimie complexe. »

Très certainement l’alchimie paradoxale d’après ce qu’il avait pu en conclure, mais il omit volontairement ce genre de précisions. Il jeta un regarda Lya, ignorant si elle désirait ajouter quelque chose, bien qu’il avait lui-même quelques idées pour orienter la conversation, ayant noté l’air quelque peu hagard du Lieutenant-Colonel peu après qu’ils se soient salués.

Ishbal serait un sujet très certainement inévitable, à présent, et cela ne lui déplaisait pas. Il était curieux de connaître la perception que son ancien collègue avait du conflit.






"À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."

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Bataille administrative et rencontre fortuite (Lya)

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